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Châteauvallon – Liberté : « Il faut réenchanter l’amour » 

Ce 21 janvier au Liberté, la romancière et réalisatrice Éliette Abecassis présente la lecture-performance Le corps dans le couple en compagnie d’Alexandra Cismondi, Élodie Frégé et Maïa Mazaurette

Zébuline. L’amour, le couple, le cercle familial et même le divorce occupent une place importante dans votre œuvre de fiction comme dans votre réflexion critique : d’Un Heureux évènement à Un Couple, en passant par Une Affaire conjugale. Votre regard sur ces questions diffère-t-il, selon que vous adoptiez un point de vue de romancière ou de philosophe ?

Éliette Abécassis. Ces points de vue sont assez cohérents. La vraie différence, c’est qu’en tant que romancière, j’essaie de donner à voir et non pas de défendre une thèse. Lorsque j’ai écrit De l’âme sœur à Tinder, j’ai cherché à comprendre l’évolution du couple aujourd’hui. Ce que je perçois avec une sensibilité de romancière, mais aussi au fil de recherches qui nourrissent toujours mon écriture de fiction, j’essaie ensuite de l’analyser en tant que philosophe. Et ce que j’ai perçu, par un biais ou par un autre, c’est une véritable transformation des mœurs. Non pas une disparition de l’amour, comme le dit Eva Illouz, mais un changement de paradigme. On est passés de l’amour passion à une rationalisation de l’amour : applications de rencontre, algorithme… On va chercher avant tout un partenaire aujourd’hui, et non pas la passion, au risque de souffrir. Le développement personnel a fait évoluer la relation à l’autre. Avant, le mythe de l’androgyne nous faisait attendre notre moitié. On ne cherche aujourd’hui qu’à dépendre de soi : on n’attend pas de l’autre qu’il nous rende heureux. On recherche ainsi l’amour avec des critères extrêmement précis, au lieu de chercher quelqu’un avec qui on vivrait un choc de rencontre. 

Est-ce selon vous une mauvaise nouvelle ? Doit-on craindre ce retour à une certaine rationalité en amour ? 

Pour le couple, il est sans doute plus salutaire de moins en attendre de l’autre et de vouloir construire quelque chose de solide. On a toujours aspiré, en amour, à la durée. Peut-être qu’en rationnalisant le couple, on peut se donner les moyens de faire durer, alors que l’amour passion est source de tant de déception. Je crois en revanche qu’il faut réenchanter l’amour : la propagation de la culture de la violence a mis à mal le récit d’amour. Le rapport de force est au cœur de toutes les histoires dont nous nous nourrissons aujourd’hui, et il reflète d’ailleurs une certaine réalité de la violence entre les hommes et les femmes. Mais le risque que court l’amour, à mon sens, n’est pas qu’on le rationnalise, mais qu’on cesse de le montrer. C’est pour cela que je m’emploie à le faire [rires] !

Cet amour que vous racontez dans Un couple, qui a su s’aimer jusqu’à l’âge de 80 ans, où l’avez-vous observé ?

Tout près de moi : je voyais mes enfants totalement subjugués par le couple de mes parents, et je me suis rendue compte que je tenais là un sujet particulièrement fort. Car c’est incroyable, ce que nous vivons : avant l’allongement de la vie, nous n’avions jamais vu des couples durer si longtemps. C’est une performance inouïe, inédite dans l’histoire du monde, que je me devais de célébrer.

SUZANNE CANESSA

Le corps dans le couple
21 janvier
Liberté, scène nationale de Toulon
Suzanne Canessa
Suzanne Canessa
Docteure en littérature comparée, passionnée de langues, Suzanne a consacré sa thèse de doctorat à Jean-Sébastien Bach. Elle enseigne le français, la littérature et l’histoire de l’Opéra à l’Institute for American Universities et à Sciences Po Aix. Collaboratrice régulière du journal Zébuline, elle publie dans les rubriques Musiques, Livres, Cinéma, Spectacle vivant et Arts Visuels.
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