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Chroniques d’une disparition

Créé en 2023, le nouvel opus du dramaturge Michel Bellier sur une proposition de Joëlle Cattino, Quelque chose a disparu mais quoi ? a été joué à L’Ouvre-Boîte

Le texte s’attache sous forme d’une performance virtuose à réfléchir sur ce que notre mode de fonctionnement induit. Un décor de plastique animé de souffles d’air symbolise ce qui reste de notre planète. Sur le côté, trois écrans superposés affichent des images qui défilent, classées dans des fichiers, tandis qu’un androïde (Paolo Cafiero aussi aux lumières et musiques) semble être l’ultime lien entre la vieille femme (Joëlle Cattino), dernière représentante de l’espèce humaine, « la dernière des vieilles, même la seule qui tient encore debout » dit-elle, et des populations qui auraient fui sur d’autres planètes. Autour d’elle, le vide. Ses interlocuteurs se réduisent à l’androïde et ses sonorités électroniques et un animal, en cage. Au cours de quatre actes, baptisés « dossiers » sur les écrans numériques, s’orchestre la reconstitution d’une mémoire disparue : la vieille femme elle-même n’a pas connu ce qu’elle décrit, les vagues, la mer, le bourdonnement des insectes, le chant des oiseaux… témoin de témoins, elle rapporte le parfum des fleurs, le calme des forêts, reprenant le principe du disque d’or de Voyager. Les mots hésitent, « s’approximativent », se reconstruisent. Le langage, ultime trace, redessine un monde oublié, s’émerveille de « la terre d’avant ». « C’était quand même pas si moche, mince » ! Le subtil creuset de l’art nous réconcilie alors avec notre capacité d’émerveillement. On est subjugués, emportés par le flux poétique où se conjuguent tous les registres. Il n’est pas de leçon mais une projection dystopique qui nous donne à percevoir plus que d’ennuyeux discours le sentiment de notre fragilité. Un bijou ciselé.

MARYVONNE COLOMBANI

L’Ouvre-Boîte, Aix-en-Provence les 18, 19 et 20 avril
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