Le biopic italien Berlinguer, la grande ambition, qui a cartonné en Italie, arrive sur quelques écrans français. Une leçon d’histoire mais aussi un grand film, étonnamment peu distribué
Le film d’Andrea Segre, présenté en ouverture du Festival de Rome 2024, 15 fois nommé aux David di Donatello (équivalent italien des César) et remportant ceux du meilleur acteur et du meilleur montage, a totalisé plus de 800000 entrées en Italie depuis sa sortie en novembre 2024. Peut-il agir comme un électrochoc mémoriel dans un pays qui est dorénavant gouverné par l’extrême droite et qui, dans les années 70, votait massivement (33,3%) pour un Parti communiste italien qui comptait 1,7 millions d’adhérents ?
Berlinguer, une grande ambition s’attache à quelques années cruciales dans la vie du charismatique secrétaire général du PCI. De 1973, où il échappe à un attentat en Bulgarie, à sa mort brutale en 1984, en s’attachant longuement à l’année 1978, qui vit l’exécution par les Brigades rouges d’Aldo Moro, son principal allié des Démocrates Chrétiens. Un assassinat qui intervient alors que les deux hommes voulaient passer un « compromis historique », et Enrico Berlinguer gouverner en inventant un communisme de gouvernement, européen et démocratique, en pleine Guerre froide.
L’espoir d’un peuple
Le film est une leçon de politique, qui rappelle l’exceptionnelle histoire d’un parti fondé par Gramsci, et porté au plus haut par Berlinguer qui défendait le peuple et sa liberté, au risque de sa vie, jusque devant Brejnev. Il est véritablement incarné par Elio Germano, prodigieux acteur dont chaque geste, chaque regard, dégage la douce ténacité, souriante et profonde, de Berlinguer, à qui il ressemble incroyablement, corps, visage et voix sans jamais le mimer.
Le montage, lui aussi remarquable, lui aussi récompensé par un Donatello, fait place à de tendres moments familiaux, discrets, et insère des images d’archives, dont les impressionnantes funérailles regroupant 1,5 millions d’Italiens à Rome. Des archives qui s’insèrent dans le cours dramatique de la fiction qui, elle non plus, ne mime pas le réel, mais le transpose, avec un réalisme d’autant plus efficace qu’il travaille la lumière, le cadre, le son, avec une vraie poésie suggestive.
Ainsi le film se garde de jouer au thriller, et n’émet aucune hypothèse politique hasardeuse, posant pourtant d’implicites questions : qui a cherché à assassiner Berlinguer au moment où il affirmait son indépendance face à Moscou ? Qui a guidé, ou laissé faire, les Brigades rouges, qui ont mis fin à la possibilité du compromis historique ? Qui a signé l’échec d’une première union de la Gauche en Europe occidentale, emmenée par un communisme démocratique, et entrainé ainsi le déclin des partis communistes en Europe ?
Réfléchir à ce moment historique, sans compromis, permet de rappeler ce formidable moment d’espoir du peuple. Aujourd’hui en Italie, demain en France, pour peu que quelques salles prennent le risque de sa projection.
AGNES FRESCHEL
Berlinguer, la grande ambition
Andrea Segre
Sortie nationale le 8 octobre
Cinéma La Cascade, Martigues
Cinéma Utopia, Avignon
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