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Dans les pas du flamenco 

Du 29 mars au 28 avril, la scène internationale du flamenco se donne rendez-vous en Région Sud pour la sixième édition du festival Flamenco Azul organisé par le Centre Solea à Marseille. Entretien avec sa directrice, María Pérez

Zébuline. Comment a été pensée cette 6e édition du Festival ?  
María Pérez. Notre festival se veut à la fois populaire, savant et solidaire. On n’est pas une vitrine de flamenco, on l’utilise comme prétexte pour créer des événements accessibles à tous, c’est un acte politique tourné vers les plus démunis, et qui se veut inclusif. Le thème de cette année, « Énergie en Méditerranée », m’a été inspiré par la chorégraphe Olga Magaña qui souhaitait faire une création avec un collectif de femmes migrantes ou en situation de détresse social. Ce projet s’appelle A Pulso. Le pulso c’est le pouls, mais faire quelque chose a pulso c’est la faire avec aucune autre force que la sienne, donc c’est une autonomie, une indépendance, un déploiement d’énergie.  

En quoi le flamenco est-il un art privilégié pour porter ces valeurs ?  
Le flamenco est un terreau magnifique pour l’expression des peuples exclus, de part son histoire. Il a été créé en Andalousie, au XVIe siècle, par des peuples exclus, persécutés et esclavagisés : les Noirs, les Gitans, les Arabes et les Juifs. Ils souffraient et se retrouvaient pour créer, chanter et exulter un peu leur misère. En cela, c’est un art qui est comparable au jazz ou au rap.  

Et c’est un festival international.  
Oui, ce serait un peu absurde que ce ne soit pas le cas. Le flamenco est présent dans le monde entier, et il a une influence grandissante sur l’histoire de la musique et du spectacle. Par exemple, dans cette édition, il y a Christina Hall qui est américaine, de San Francisco et habite à Séville depuis 18 ans. Il y a aussi Antonio Segura, à la Cité de la Musique. C’est un guitariste belge, fils d’immigrés d’origine andalouse, qui propose un flamenco très profond, très pur, avec quelque chose un peu jazz très novateur.  

Vous présentez ce festival comme un rendez-vous populaire, solidaire et savant. Si l’on entend les deux premières notions, qu’entendez-vous par savant ?
Sous Franco, il y avait des chants interdits, des artistes qui étaient obligés de partir. Mais ceux qui sont restés ont eu beaucoup de travail, car il fallait montrer une bonne image de l’Espagne, celle d’un un pays joyeux, où les jupes tournent. Il fallait que ce soit un cliché facile à lire de l’étranger et attractif pour le tourisme. Depuis, cette image lui colle à la peau, ce son côté tape à l’œil, espagnolade à deux balles, très vulgaire. En réalité, c’est un art transdisciplinaire, sublime, peut être le plus abouti de tout le pourtour méditerranéen. Il faut plusieurs vies pour le décrire et le comprendre. Ça, on y tient. 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR CHLOÉ MACAIRE  

Flamenco Azul
29 mars au 28 avril
Divers lieux, Région Sud
festivalflamenco-azul.com
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