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Danser avec les éléments

Le Pavillon Noir invitait un familier des lieux, Emilio Calcagno, pour Storm, la première pièce qu’il a créée pour le Ballet de l’Opéra Grand Avignon 

Dans un clair-obscur ocré de silence, des êtres s’avancent, hésitent, essaient l’espace, se rétractent avant de retourner en fond de scène en une ligne lumineuse. Les costumes empruntés au baroque, semblent faire émerger les danseurs d’un tableau de Velázquez. Une géométrie classique dirige les évolutions premières, hiératiques, mouvements mesurés où les bras n’apparaissent que tardivement pour que s’enlacent les danseurs en une danse proche des reproductions des vases antiques. La ligne originelle se module en pointe qui s’avance vers le public, se résorbe en vague lente, encercle l’espace scénique, se reforme en quatrième mur, dos au public, se mue en signe de l’infini, double boucle, amorce de la construction de l’œuvre. 

Le déchaînement voisin d’une rave party enjouée qui suit sera repris totalement à la fin ; entre temps, se seront dressés sept ventilateurs industriels déployant leur pleine puissance sur les quatorze danseurs. Les tableaux se succèdent, convoquant chacun son histoire. Histoire d’une humanité, histoire de la danse. La grammaire classique parfaitement maîtrisée se mâtine des modes contemporains, se parodie elle-même, reprenant les pas d’un sage Lac des cygnes ou enserrant les gestes à la barre dans une mécanique rappelant celle de Coppelia. En pivot de la pièce, un clin d’œil au solo de Nelken de Pina Bausch  qui se moquait de la virtuosité classique : « je vais sauter (…) je vais vous montrer ! manège, batterie, jetés, glissade, triolet, saut écart… ». 

Le vent mécanique qui gagne jusqu’aux gradins agite les voiles légers qui vêtent les protagonistes, aériens comme les tissus diaphanes d’un Botticelli, animés dans leur transparence par les souffles. Les danseurs luttent contre l’apocalypse, les danseuses évoluent, droites, chaussées de pointes, résistant au déluge. La danse débridée du début reprend,  précise malgré la tempête, et affirme sa pérennité face aux éléments, narguant l’impossible… La danse de Calcagno englobe sa propre histoire, ne renie rien, mais assimile le tout dans une écriture fructueuse et foisonnante de la contrainte. Et c’est très beau. 

MARYVONNE COLOMBANI

Storm a été dansé les 6 et 7 mai, Pavillon Noir, Aix-en-Provence

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