lundi 3 octobre 2022
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Échos classiques

La première édition des Rencontres Musicales de Vauvenargues a vu le classicisme oriental et occidental s’unir sous l’impulsion de son directeur artistique syrien, Bilal Alnemr

Décidément, Vauvenargues détient le secret pour attirer les artistes ! Célèbre pour son château de Picasso, ce village niché aux pieds de la Sainte-Victoire ajoute une nouvelle dimension à son aura artistique grâce au jeune et talentueux violoniste Bilal Alnemr. Ce dernier, en remerciement de l’accueil réservé à sa famille exilée d’une Syrie en guerre, a conçu un festival de haute volée unissant les cultures classiques des deux bords de la méditerranée. 

L’espace communal « La Caserne » – un comble – écoutait avec recueillement la fantastique oudiste classique, Waed Bouhassoun et ses musiciens, Merve Salgar (tanbûr) et Neset Kutas (percussions). « Il me tient à cœur cette rencontre entre un orchestre syrien et un public occidental. Ces ponts sont essentiels », expliquait le jeune violoniste lors de sa présentation, et d’ajouter « il est aussi important de donner et de rendre ».

Peu d’explications étaient formulées pour présenter les pièces interprétées, situation géographique de l’origine de tel ou thème, son siècle, son compositeur. Que ce soit a cappella ou soutenu par le jeu subtilement orchestré des instruments, les chants nous conduisent dans leurs univers propres, content les adieux, les envoûtements soufis, les récits amoureux, les sagas familiales, les constructions de villes ou de villages… « peu importe que l’on comprenne ce qui est dit, l’essentiel est cette confrontation avec ces paysages musicaux, ces rythmes, ces accords. Comme il y a beaucoup de textes anciens, il y a des termes que moi-même je ne comprends pas », sourit Bilal Alnemr, « l’important c’est la rencontre avec cet univers, cette invitation au voyage », explique-t-il. On se laisse emporter par les introductions rêveuses du tanbûr, cet élégant instrument à cordes pincées, auxquelles le oud répond, multipliant variations et volutes tandis que les percussions dessinent un cadre irisé de nuances. 

Des cigales en Écosse 

En écho au classicisme oriental, le classicisme occidental trouvait dans l’écrin montagneux du Vallon des Sports un délicat accomplissement grâce au concert symphonique offert par la ville d’Aix-en-Provence et le Pays d’Aix joué par le Nouvel Orchestre Symphonique du Pays d’Aix (NOSPA) dirigé avec précision par la jeune cheffe Jane Latron. Seule, cette belle formation composée des professeurs des conservatoires et écoles de musique et de leurs meilleurs et anciens élèves livrait son interprétation de l’ouverture « Les Hébrides » de Mendelssohn, si descriptive, puis, pour clore le concert la somptueuse Symphonie n° 7 en A major op. 92 de Beethoven. Entre ces deux œuvres auxquelles Jane Latron apportait un décryptage précis et imagé, le Concerto en E mineur Op. 64 pour violon et orchestre de Mendelssohn conviait en soliste Bilal Alnemr dont la passion sembla décupler la puissance expressive de l’orchestre. Nuances perlées, sons étirés, empâtements creusés dans la matière sonore, aigus bouleversants, graves larges ourlés d’onirisme. Le subtil violoniste conviait ensuite à jouer en duo avec lui le premier violon de l’orchestre, M.D. Mabire, qui, à Damas, lors des rencontres ÉCUME, avait repéré et encouragé le jeune musicien à venir en France se perfectionner, réussissant à convaincre la mère de ce dernier de le laisser partir à treize ans à Aix-en-Provence, un pas décisif pour sa carrière, cela ne s’oublie pas ! Un enchantement bercé par le chant des cigales.

MARYVONNE COLOMBANI

Concerts donnés le 2 juillet dans le cadre des Rencontres Musicales de Vauvenargues.

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