mercredi 8 avril 2026
No menu items!
Plus d'infos cliquez ci-dessousspot_img
cliquez sur l'image pour faire un donspot_img
AccueilÀ la UneÉcouter avant d’écrire

Écouter avant d’écrire

À l’occasion du festival Effets Réels, dont la première édition se tient à Aix-en-Provence et Marseille du 10 au 12 avril, l’écrivain François Beaune propose une veillée de récits où chacun est invité à venir partager une histoire vécue

Zébuline. Vous collectez et écrivez des histoires vraies depuis plus de dix ans, notamment autour de la Méditerranée. En quoi un festival comme Effets Réels fait-il écho à votre démarche, et comment s’inscrit la veillée que vous proposez dans ce travail ?
François Beaune. Je passe beaucoup de temps à collecter des histoires, donc forcément, ça entre en résonance avec ce type de festival. La veillée, c’est quelque chose de très simple : on se retrouve, chacun vient avec une histoire, une anecdote marquante, et on la partage. Ce sont souvent des récits courts, avec un début et une fin – ce que Paul Auster appelait des histoires qui, paradoxalement, ressemblent plus à de la fiction que la vie elle-même. L’idée, c’est à la fois de les entendre, mais aussi de les mettre en commun, de constituer une sorte de mémoire collective. Et puis c’est un moment convivial : on mange, on boit, on s’écoute.

Le festival Effets Réels s’inscrit dans la Biennale d’Aix, met l’Italie à l’honneur. Quel regard portez-vous sur cette scène, et sur les formes de littérature du réel qui s’y développent aujourd’hui ?
Il existe en Italie une tradition assez forte d’écrivains qui sont aussi journalistes, et qui travaillent à partir du réel. Mais ce n’est pas propre à ce pays : on retrouve aussi ça aux États-Unis avec le New Journalism. En France, on a peut-être été un peu en retard, notamment à cause d’une tradition héritée du Nouveau Roman, où le style primait sur le sujet. Mais ces dernières années, il y a eu un rattrapage, avec des maisons d’édition qui ont remis en avant ces écritures – et nous restons un pays très riche en traductions. Aujourd’hui, les grandes œuvres de non-fiction circulent davantage et trouvent leur place.

Dans votre travail, l’écriture vient après l’écoute. Quel rôle donnez-vous aujourd’hui à la littérature de non-fiction ?
Pour moi, il y a d’abord un geste très simple : se mettre à l’écoute. Aller voir comment vivent les gens, ce qu’ils ont à raconter. Être écrivain, ce n’est pas seulement partir de soi, c’est aussi se mettre au service des histoires des autres. Ensuite vient la question de la forme : comment raconter ces récits pour qu’ils puissent toucher un public plus large ? Il y a quelque chose de profondément politique là-dedans. Ce qui me gêne parfois dans une certaine littérature de fiction, c’est qu’elle cherche à traiter des grandes thématiques comme le feraient les sciences humaines, au lieu de partir des individus eux-mêmes. Or la littérature fonctionne d’abord avec des personnages, des voix singulières. Ce qui m’intéresse, c’est d’aller chercher des gens qui racontent quelque chose qu’on n’a jamais entendu, et de voir comment transmettre cela. Nous vivons dans une époque traversée par des conflits, des tensions très fortes. Dans ce contexte, prendre le temps d’écouter devient presque un acte nécessaire. La littérature peut servir à ça : non pas simplifier, mais rendre sensible la complexité des existences, et peut-être permettre de mieux comprendre comment on vit ensemble.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR SUZANNE CANESSA

Au programme
Le festival Effets Réels se tiendra à Marseille le 10 avril et à Aix-en-Provence les 11 et 12 avril. Il comptera parmi ses intervenant·e·s ATLAS, François Beaune, Anastasia Fomitchova, Mar García Puig, Helena Janeczek, Sergiy Kvit, Boris Le Roy, Francesca Melandri, Sara Menetti, Tetyana Ogarkova, Anna Pazos, Alessandro Perissinotto, María Sánchez, Constantin Sigov, Vanessa Springora, Sylvie Tanette, Filippo Tuena et Dominique Vittoz.
Suzanne Canessa
Suzanne Canessa
Docteure en littérature comparée, passionnée de langues, Suzanne a consacré sa thèse de doctorat à Jean-Sébastien Bach. Elle enseigne le français, la littérature et l’histoire de l’Opéra à l’Institute for American Universities et à Sciences Po Aix. Collaboratrice régulière du journal Zébuline, elle publie dans les rubriques Musiques, Livres, Cinéma, Spectacle vivant et Arts Visuels.
ARTICLES PROCHES
- Plus d'infos, cliquez ici -spot_img

Flamenco rebelle

« Le flamenco est un cri », lance Maria Pérez d'emblée. Un cri né au carrefour des cultures, dans les marges de l'Espagne du...

Festival de Pâques : trois soirs d’exception

Fujita, virtuosité et humilitéIl entre sur scène comme s'il s'excusait d'être là. Et pourtant, Mao Fujita compte parmi les pianistes les plus incroyables de...