Le spectacle, intime, commence comme un conte horrifique : Chronos dévorant ses enfants parce qu’il a peur d’être remplacé. Que nous dit ce mythe fondateur de notre relation aux enfants ?
Maria Montessori est une figure encore controversée. Parce que comme Rousseau, elle percevait les enfants comme des êtres venus d’un ailleurs naturellement bon, et qu’il suffisait de les laisser être pour qu’ils grandissent. Et ceci au moment où Freud, son contemporain, psychiatre comme elle, inventait la psychanalyse. Mais aussi parce qu’elle a été soutenue, puis censurée, par Mussolini. Et qu’elle a abandonné, puis retrouvé, son fils Mario, devenu l’héritier et le passeur de sa « méthode ».
Expérimentation généreuse
Dans Montessori, Bérengère Warluzel a l’intelligence de n’occulter aucune de ces failles, mais de les contextualiser, de les incarner avec hésitation, d’avancer dans l’espace scénique avec peu de certitudes. Première femme médecin italienne au début du XXe siècle, dans un pays où les mères célibataires ne peuvent pas travailler, elle met au point sa méthode pour éduquer les « attardés », puis les pauvres des bidonvilles de Rome. L’idée, dans un contexte où les bébés étaient emmaillotés et les enfants contraints au silence et à l’immobilité, était de les laisser jouer, de faire place à leurs corps et à leur désir d’apprendre.
La méthode Montessori a largement influencé l’éducation concrète et permis de considérer les enfants comme des personnes et non des êtres en devenir à dresser et redresser. Le seule en scène de Bérangère Warluzel se fonde sur ses écrits, son journal, sa vie, pour donner à voir une femme qui tâtonne, se réjouit de découvrir la soif d’apprendre spontanée des enfants. Elle se bat, en coulisses, sur le terrain, contre une société réactionnaire et pas même paternaliste, puisqu’elle tue les élans de ses enfants récalcitrants. La mise en scène de Charles Berling la place très joliment à hauteur d’enfants, penchée parmi des objets simples et colorés, unis, qui sont aujourd’hui dans toutes les crèches et écoles du monde. Montessori a gagné !
AGNÈS FRESCHEL
Montessori a été recréé le 12 novembre au studio du Baou à Châteauvallon.
À venir
19 et 20 novembre
Châteauvallon, Ollioules
Scène Nationale Châteauvallon-Liberté
« Soif d’apprendre », une table-ronde
« Quelles alternatives pour transmettre la soif d’apprendre ? » Autour d’une table ronde, Michel Ferrandi, professeur de philosophie, Nadia Hamidi, présidente des écoles Montessori, et Sylvain Wagnon, historien et professeur en sciences de l’éducation, explorent les pistes offertes par l’éducation nationale et les pédagogies alternatives pour permettre aux plus jeunes de prendre plaisir à apprendre. De Montessori à Freinet, en passant par l’instruction à domicile et les écoles éco-citoyennes, les invités mettent en lumière les enjeux auxquels cette nouvelle génération est confrontée. Entre intelligence artificielle et innovations pédagogiques, les invité·es entendent réfléchir à la manière de maintenir une «culture commune curieuse » et montrer que ces questions concernent l’apprentissage à tous les âges de la vie. C.L.
20 novembre
Châteauvallon, Ollioules
Scène nationale Châteauvallon-Liberté
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