D’emblée, le dernier né de Balkis Moutashar frappe juste. Une très belle ouverture : chaque interprète se succède, porte un geste, et repart. Ce geste inaugural, comme posé avec soin, contient en germe la pièce entière : l’idée que chaque corps arrive chargé d’histoires, de techniques, de pratiques, de désirs. On n’arrive jamais les mains vides.
Sur le plateau, les douze interprètes font apparaître, par touches successives, les danses qui les traversent : le classique affleure dans une batterie, un entrechat ; le contemporain s’inscrit dans un visage, une présence ; l’autodidaxie se reconnaît à une liberté du mouvement ; la gymnastique et le modern jazz surgissent dans une attitude ou un déhanché ; le hip-hop dans un shoulder freeze ; le voguing, l’électro, le jay-setting dans des balancés outrés, le geste iconique de la main emprunté à Beyoncé. Rien n’est hiérarchisé. Tout circule.
D’une voix à l’autre
Peu à peu, un dialogue se noue. Des unissons apparaissent, sur un morceau de 50 Cent qui emmène les pas attendus de danse urbaine vers un ailleurs. Les pas hip-hop revisités laissent la place à des formes plus intimes : solos, duos, compositions collectives où les corps s’écoutent, se répondent, s’accordent sans jamais s’effacer.
La bande-son, composée par Reno Vellard, joue un rôle essentiel. On y entend des témoignages des danseuses et danseurs, devenus matière sonore du spectacle. Rarement la voix entendue est celle du corps qui danse ; et c’est précisément là que se joue quelque chose de fort : un déplacement, une mise en relation, un éloge de l’échange.
Balkis Moutashar affirme une égalité radicale entre les danses – avec, peut-être, un léger penchant pour l’électro, dont l’énergie collective emporte la fin sur Freed from Desire. La danse serait-elle devenue l’art le plus rassembleur ? La question affleure. Le plateau répond par la joie, le partage… et les paillettes.
SUZANNE CANESSA
Nous n’arrivons pas les mains vides a été joué le 22 janvier au Pavillon Noir à Aix-en-Provence.
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