mercredi 8 avril 2026
No menu items!
Plus d'infos cliquez ci-dessousspot_img
cliquez sur l'image pour faire un donspot_img
AccueilÀ la UneFlamenco rebelle

Flamenco rebelle

Le festival Flamenco Azul a proposé au public marseillais une conférence dansée portée par Maria Pérez, fondatrice du festival

« Le flamenco est un cri », lance Maria Pérez d’emblée. Un cri né au carrefour des cultures, dans les marges de l’Espagne du XVe siècle. Pendant des siècles, la Convivencia avait permis la coexistence de juifs, musulmans et chrétiens. Puis la Reconquista catholique met fin à cet équilibre : ceux qui ne se convertissent pas sont expulsés ou tués. Gitans, juifs, musulmans et esclaves noirs se retrouvent alors soudés dans les marges, sous la pression. De cette communauté de déracinés naît un art transversal, à la fois musique, chant, danse et posture et dans lequel les costumes ont une grande importance. Le mot flamenco viendrait de l’arabe fellah mengo, le paysan sans domicile fixe, ces déracinés des montagnes de Grenade, mêlés aux gitans, peuple expulsé d’Inde au Ve siècle et arrivé en Espagne dix siècles plus tard.

L’histoire défile, illustrée d’extraits vidéo : Carmen Amaya, gitane du Somorrostro de Barcelone, première à danser en pantalon ; Antonio Gades ; la dynastie des Farrucos ; Lola Flores, « flamenca jusqu’aux os » sans être gitane. Maria Pérez remonte le fil : le triangle fondateur Séville-Cadix-Jerez, les cafés cantantes du XIXe siècle où les artistes commencent à vivre de leur art, l’ópera flamenca des arènes dans les années 1920, puis le concours de cante jondo organisé à Grenade en 1922 par Manuel de Falla et García Lorca pour sauver le chant de la marchandisation.

Le chant flamenco est une forme particulière : des strophes de trois à cinq vers, brèves sophistiquées comme des haïkus, qui ouvrent une fenêtre sur une tranche de vie. Sous Franco, le flamenco bascule dans les « espagnolades » nationalistes, trahison d’un art qui est, « comme le jazz et le rap, une rébellion ». Aujourd’hui, des artistes comme Rocío Molina – elle s’est publiquement déclarée lesbienne et a fait de son identité un matériau central de sa création au sein d’un art très codifié et genré – ou Israel Galván repoussent les frontières.

Pour clore la soirée, Justine Verlaque déroule les palos – soleá, alegrías, tango flamenco – et invite le public à frapper les palmas.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

La conférence s’est déroulée le 5 avril au centre Soléa, Marseille.

Retrouvez nos articles Scènes ici

ARTICLES PROCHES
- Plus d'infos, cliquez ici -spot_img

Impulsion : 10 ans de hip-hop

Dix ans que le festival Impulsion œuvre à mettre en avant la scène hip-hop. Et cette 10e édition se déroule du 10 au 19...

Festival de Pâques : trois soirs d’exception

Fujita, virtuosité et humilitéIl entre sur scène comme s'il s'excusait d'être là. Et pourtant, Mao Fujita compte parmi les pianistes les plus incroyables de...