mercredi 24 avril 2024
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Frac Sud : En marche, le modèle Hamish 

À l’occasion des quarante ans du Frac, un premier cycle d’expositions s’est ouvert avec en tête d’affiche l’artiste Hamish Fulton et l’exposition A Walking Artist

Parmi la multitude d’artistes qui utilisent la marche comme une pratique artistique à part entière, Hamish Fulton (né en 1946 au Royaume-Uni) fait partie, à côté de Richard Long (né en 45 au Royaume-Uni aussi), d’artiste canonique. Mais au contraire de la plupart des artistes contemporains, tous les deux marchent le plus souvent en solitaire, loin des villes, en pleine nature. Ancrant cette pratique dans une recherche d’un rapport direct avec le monde extérieur, critique en acte des séparations d’une vie urbaine cloisonnée entre les vitres d’une voiture, d’un bus, d’un métro, les écrans de smartphones, d’ordinateurs, et des successions d’intérieurs – maison, bureau, commerces, etc… Mais si Richard Long réalise des interventions dans les lieux naturels qu’il traverse, dont il garde des traces en photo, ou s’il récolte des matériaux (bois, roches, terre, boue) pour des installations minimalistes en galeries ou musées, Hamish Fulton, lui, accentue la conceptualisation de la pratique, en considérant la marche comme une œuvre d’art en tant que telle, une « expérience artistique » physique, mentale, poétique, se suffisant à elle-même. Et se défendant de tout lien au land art, ne prélève rien, n’intervient pas sur site, ne cherche pas à révéler « l’esprit du lieu ». 

Bref et monumental

Il n’en reste pas moins tributaire de la question du partage de ses expériences, la grande majorité de ses marches se déroulant sans témoin. Il le fait au moyen de compositions peintes, photographiques ou typographiques, aux formes schématiques, et aux textes laconiques. Mais pas de feuilletons documentaires qui témoigneraient par exemple des différentes étapes de sa traversée de la Méditerranée à l’Atlantique (2012), de ses diverses ascensions de l’Everest (2000, 2009), de sa « marche circulaire de 14 jours ouest nord est sud et ouest pleine lune » en Espagne (2016), ou de celle reliant la ville de Galway en Irlande à celle de Derry en Irlande du Nord (1981)… Chaque marche, certaines pouvant durer plusieurs semaines, n’est évoquée (à de rares exceptions près) que par une seule proposition, un fragment : une fresque murale de grande dimension, une photographie, de petites découpes de bois clouées directement sur le mur, voire quelques petites peintures encadrées ou des dessins. Laissant quasiment la totalité de ses marches dans d’immenses hors-champs d’invisibilité et de silence. Au visiteur de s’y projeter – ou pas. 

2019, 35Walks1971-2019 © Hamish Fulton-MiraMadrid

Parmi les huit fresques peintes présentées dans l’exposition (Tibet, Canada, États-Unis, Angleterre, France, Nouveau-Mexique), l’une témoigne de sa marche récente, du 1er au 21 juin 2022, dans le parc national du Mercantour, réalisée à l’occasion de l’exposition : un wall-painting de plus de quatre mètres de haut et seize de large, énorme rectangle bleu azur cerné d’une ligne noire, sur lequel courent deux lignes. L’une, brun clair, référencée au bas de la fresque comme une première marche accomplie dans le Mercantour en 2011, l’autre noire, référençant la marche de juin dernier. Il n’indique presque jamais le nombre de kilomètres parcourus. Ces indications mettent l’accent surtout sur les points de départ, les points d’arrivées et les durées : de l’Atlantique à la Méditerranée, de la pleine lune jusqu’au solstice d’été, d’une rivière jusqu’à la mer, de marée haute à marée basse, etc… Des façons de (se) relier, de (se) connecter aux éléments, sur lesquelles il ajoute parfois des accents politiques (Art not war en Irlande, attitude de la Chine vis-à-vis du Tibet, soutien à l’artiste Ai Weiwei). D’ailleurs, en écho à cette exposition du Frac Sud, le Cairn Centre d’art présente à Digne-les-Bains (jusqu’au 25 juin) un ensemble d’œuvres de l’artiste évoquant la situation politique du Tibet, regroupées sous le titre Tibetan kora.

MARC VOIRY

A Walking Artist
Jusqu’au 29 octobre
Frac Sud – Cité de l’art contemporain
Marseille
fracsud.org
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