Dirty, Difficult, Dangerous, et l’amour refuge

Wissam Charaf nous conte la vie d’un couple de réfugiés dans un Liban chaotique. Entre racisme et oppressions, les deux partenaires doivent lutter pour vivre leur amour

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Dirty Difficult Dangerous © JHR

Dirty, Difficult, Dangerous, deuxième long métrage de Wissam Charaf après Tombé du ciel, nous fait partager l’amour entre Ahmed, réfugié Syrien, et Mehdia, une jeune domestique éthiopienne, quasiment prisonnière. Un amour difficile à vivre dans un Liban contaminé par la guerre et rongé par une xénophobie rampante. Pas de place pour ces deux jeunes qui ne demandent qu’à vivre et à s’aimer. 

Privée de sortie

Ahmed (Ziad Jallad, tout en énergie) parcourt les rues de Beyrouth, cherchant pour survivre des objets de métal à recycler. Métal qui ronge peu à peu son bras droit : il a été blessé au combat et tout son corps brûlé et cicatrisé garde les traces des éclats d’obus qui y sont encore. Il doit veiller à ne pas se faire arrêter : une banderole le précise « Couvre-feu pour les Syriens du coucher au lever du soleil ». Mehdia (superbe Clara Couturet) a été « importée » par une famille libanaise pour s’occuper d’un colonel à la retraite, vieillard sénile qui oublie ses médicaments et qui, inspiré par le film de Murnau, vu à la télé, se prend parfois pour Nosferatu et essaie de l’étrangler. Sa femme, Leila, n’en peut plus, et peu à peu la vie quotidienne dans la maison devient insupportable. « Les Éthiopiens ne sont plus aussi obéissants qu’avant», commente un voisin. Aussi finit-on par empêcher la jeune femme de sortir. Ahmed et Mehdia ne peuvent plus s’aimer et se retrouver dans cette ville. Ils décident donc de s’enfuir… 

« Je ne voulais pas d’un film social sur la souffrance des gens. Si la réalité dont je m’inspire est cruelle, le projet ne s’enferme pas dans le pathos ou le misérabilisme… J’y insuffle un léger décalage… vers la fable », explique Wissam Charaf. La séquence où Ahmed et Mehdia, qui ont gagné un weekend dans un spa, sont immergés dans un bain moussant, le visage couvert d’un masque relaxant fait sourire, certes, mais en même temps interroge : n’ont-ils pas droit, eux aussi, à un peu de luxe, calme et volupté. Et même si le bras droit d’Ahmed devient noir et métallique, métaphore de la gangrène qui ronge le pays, vers l’ailleurs, au-delà de la frontière, ils trouveront peut être le pays qui leur ressemble.

ANNIE GAVA

Dirty, Difficult, Dangerous, de Wissam Charaf
Sorti le 26 avril
Ce film était en compétition au 44e Cinemed, à Montpellier.