mercredi 29 mai 2024
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AccueilArts visuelsIl n’y a PAC les J.O.

Il n’y a PAC les J.O.

Vernissages, installations et performances dans l’espace public se sont déroulées à Marseille entre le 2 et le 5 mai pour l’ouverture de l’édition 2024 du rendez-vous Printemps de l’Art Contemporain

Le 2 mai c’est à Art-Cade – Grands Bains Douches de la Plaine qu’a eu lieu le premier rendez-vous, au sein de HypoStrata de l’Américaine Darla Murphy, installée en France depuis une quinzaine d’années. À partir de la récupération de peaux de mouton, qui n’ont aujourd’hui plus aucune valeur commerciale, elle s’est initiée à la technique du tannage, point de départ pour explorer les espaces entre vie et mort, en combinant savoir-faire artisanaux, nature et intelligence artificielle. Texte, vidéos, dessins, sculptures, costume, gravure au fer à souder, outils de tannage, la construction d’une mythologie personnelle où rode la figure de l’ermite. 

C’est ensuite sur la Plaine que l’artiste Arthur Gillet, en costume de cérémonie aux couleurs des « Gilets Jaunes », accompagné de porte-étendards où se trouvait accrochée son œuvre République, performait La flamme et la flemme. Une lecture statique et non sonorisée du texte écrit pour raconter son arrestation lors d’une manifestation contre le racisme à Paris, suivie d’une garde à vue traumatisante (68 h !). On pouvait ensuite, parmi les différentes ouvertures proposées par cette première soirée, descendre jusqu’en bas de la rue de la Loubière, pour l’exposition proposée par Territoires partagés Foot, l’amour du jeu. Des œuvres amusantes, grinçantes d’Anaïs Touchot, Diane Guyot de Saint Michel, Paul Chochois, Nicolas Daubanes, Jean-Baptiste Ganne. Entre foot et art capitaliste vs foot et art populaire, on peut notamment tenter d’y gagner gros en pariant-spéculant sur l’art et le foot pour 10 €, ou repartir gratos, après frottage sur une plaque de marbre gravée à l’acide, avec une image dédicacée de Zidane.

Dispositifs du colonialisme

La deuxième performance en espace public avait lieu le lendemain dans le haut du quartier Belsunce, place Akel Akian, au croisement de la rue Bernard Dubois et de la rue Longue des Capucins. L’endroit exact de la frontière brutale entre les nouveaux immeubles construits du quartier de la gare, au-dessus, et, en-dessous, les vieux immeubles de Belsunce. Une place où trône un très gros bloc de marbre blanc, largement taggué. Yoan Sorin y a performé Pour tous les diables, sur fond de percussions et quelques phrases enregistrées de Frantz Fanon parlant des effets du colonialisme. En bleu de travail, avec un diable de manutention, outil qui peuple les rues de Belsunce, quartier de commerce textile, muni d’une longue corde noire, il a fait mine de vouloir déplacer le bloc, puis lui a grimpé dessus, y a hissé le diable, l’a muni de cierges magiques, qu’il a allumés. Une rue plus bas, l’exposition de Dalila Mahdjoub Ils ont fait de nous du cinéma s’ouvrait à La Compagnie, citant également Frantz Fanon, et les dépossessions imposées par le colonialisme : « Avant même de me dire, je suis déjà dit (e) ». Une exposition dans laquelle l’artiste met en scène textes et images, des documents d’archives personnelles, institutionnelles, médiatiques, notamment autour des camps d’internement de l’Algérie coloniale entre 1952 et 1962, et des remous provoqués chez les autorités françaises, pendant la guerre d’Algérie, par une représentation théâtrale de Montserrat d’Emmanuel Roblès, jouée par des détenus politiques algériens à la prison des Baumettes. 

Surenchérir le racisme 

Le samedi 4 mai, c’était le vernissage de Bamboula, exposition de Moussa Sarr au Château de Servières. Ici pas de multiples documents à lire, ni de citations de Frantz Fanon : Moussa Sarr surenchérit sur les expressions et les emblèmes les plus stéréotypés du racisme en les incorporant, se mettant en scène, dans des photos et des vidéos aux titres « cash » : Blackface, L’orgasme du singe, Bang Bang (une banane en guise de revolver), Bestia, I’m afraid, Invisible Man. Il détourne également, sous le titre Requin-croix, la cagoule du Klux Klux Klan avec du tissu wax, figurant des ailerons de requins se terminant en croix, posés au sol. À l’entrée de l’exposition, on le voit s’échappant d’un cadre doré avec derrière lui des tags bleu blanc rouge qu’il vient de réaliser. Et en face, lui qui est né et a grandi en Corse, et y a subi d’innombrables insultes racistes, posant de profil en emblème de l’île de beauté : tête de Maure, le front ceint d’un bandeau blanc.  

MARC VOIRY

Printemps de l’Art Contemporain
Jusqu’au 19 mai
Divers lieux, Marseille, Aix-en-Provence, Pays d’Aix 
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