Créé en 2023 avec la Compagnie de l’Oiseau-Mouche – troupe professionnelle d’acteurs en situation de handicap mental, régulièrement invités à travailler avec des metteurs en scène contemporains – l’adaptation du conte d’Andersen La Petite Sirène par Lisa Guez se déroule sur un plateau nu, sans décor. « Est-ce que vous êtes déjà tombés amoureux ? » : c’est par cette question adressée au public que les cinq comédiens qui sont entrés sur scène en habits de tous les jours vont relier le réel de la salle au monde du conte qui va se déployer.
À l’affiche
La sirène s’appelle Céleste (Dolorès Dallaire), elle veut mettre « des épices dans sa vie », porte un jogging et des baskets, qu’elle abandonnera plus tard pour une belle robe et une paire de talons aiguilles. La grand-mère est un comédien (Frédéric Foulon) qui raconte des histoires du monde des humains, en piochant dans une glacière de camping les objets que ces derniers laissent tomber au fond de l’eau : une bouteille en plastique, un parapluie, un casque de vélo. La sorcière, manteau de fourrure léopard et lunettes noires (Marie-Claire Alpérine) semble être la queen d’un point de deal. La grande sœur éplorée de la sirène (Chantal Foulon) est une danseuse chronique. Quant au prince et narrateur souriant de l’histoire (Kévin Lefebvre) il devra se défendre face à un jury de sa promesse faite à Céleste et aussitôt trahie.
Parole et présence
Le parti-pris de mise en scène est clair : tout repose sur la parole et la présence de ces interprètes de l’Oiseau-Mouche. Dans une sorte de spontanéité combinée à un art du jeu exigeant, accentuée par un texte qui, tout en gardant la trame essentielle du conte, est proposé avec des expressions genre d’aujourd’hui. Et accompagné de tubes musicaux classiques (Prokofiev, Schubert, Beethoven…) et de variétés (Céline Dion…).
Le spectacle avance par scènes-clés drôles et cruelles, reliées par une narration en adresses directes au public. De scène en scène, la transformation douloureuse d’une sirène tombant amoureuse d’un prince humain devient la métaphore d’un être qui tente de trouver sa place dans un univers dont il ne maîtrise ni les codes ni la langue. Une différence qui, avec les interprètes de L’Oiseau-Mouche, s’incarne dans une présence concrète, et réjouissante, sur scène. Et si Lisa Guez a choisi la version d’Andersen et pas celle, édulcorée, de Walt Disney, elle ne s’interdit pas d’imaginer qu’une autre fin est possible.
MARC VOIRY
Loin dans la mer a été présenté les 12 et 13 mars au Bois de L’Aune, Aix-en-Provence.
Retrouvez nos articles Scènes ici







