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La poétique du langage s’expose

Le [mac] et les Beaux-Arts de Marseille célèbrent les 20 ans du programme Pisourd.e avec l’exposition Vivre en plusieurs langues, à voir jusqu’au 5 avril

« Je ne vis pas en une seule langue », c’est une phrase de l’artiste italien Giuseppe Caccavale, à l’origine du titre de l’exposition, lui qui multipliait les langages artistiques dans ses explorations. C’est dans cette lignée que quatorze artistes – sourd·es, entendant·es, enfants de parents sourds, francophones ou polyglottes – ont été invités au Musée d’art contemporain de Marseille. Sensible aux potentiels créatifs du langage, Ninon Duhamel réunit leurs travaux à l’occasion des 20 ans du programme Pisourd.e, un dispositif mis en place par les Beaux-Arts de Marseille afin d’accompagner des étudiant·es sourd·es et malentendant·es dans leurs études artistiques, et auquel certains artistes exposés ont participé.

Que ressent-on lorsqu’on se heurte à la barrière de la langue ? Quelle forme peut prendre un son, quels gestes peuvent le traduire ? Existe-t-il un langage universel, de signes qui unissent, synonymes de résistance ? Une multiplicité de formes d’expression artistiques dessine l’espace dans la pénombre : vidéo, performance, textile, verre soufflé, peinture et dessin, écriture et archivage. Aucun chemin n’est tracé pour guider le visiteur, qui se retrouve peu à peu traversé d’un va et vient de messages codés.

Écritures plurielles

Le regard est d’abord attiré par Apocalypse, une œuvre d’Arthur Gillet. Artiste CODA (enfant de parents sourds), il grandit en jouant un rôle d’intermédiaire entre ses proches et le monde des entendant·es. Cette toile de soie aux couleurs vives est traversée de lumière à la manière d’un vitrail. S’en dégage une iconographie religieuse, qui plonge le spectateur dans une sorte de cosmologie du langage. Arthur Gillet s’inspire en fait d’un recueil d’enluminures de Cristoforo de Predis, peintre sourd du Moyen Âge — l’époque où l’on traduisait en images l’histoire écrite de la bible aux fidèles analphabètes, afin qu’eux aussi, puissent « appartenir ». En illustrant la transmission d’un langage à l’autre à travers symboles et images, Apocalypse amorce le reste de l’exposition.

L’art a toujours su comment transmettre autrement. Vivre en plusieurs langues examine ce qui existe à l’intersection entre les langues, là où le message voyage entre émetteur et récepteur. Les musées sont peuplés de personnages arrêtés face aux œuvres, l’air interrogateur. Ils se prêtent au jeu du casse-tête : quelle était l’intention de l’artiste, quel message nous glisse-t-il ? Ici, certaines œuvres décident de résister. Elles invitent plutôt à comprendre ce que c’est, de ne pas comprendre.

On se surprend parfois à tendre l’oreille pour percevoir des sons qui ne sont pas émis : celui que Marine Comte a capturé dans une sphère de verre soufflé, ou celui d’un violon invisible. L’exposition exige une lecture plurielle, elle attend un public aux sensibilités multiples, et ouvre vers un imaginaire que chacun dessinera à sa façon.

PAULINE LIGHTBURNE

Vivre en plusieurs langues
Jusqu’au 5 avril
[mac], Marseille

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