jeudi 5 février 2026
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La ronde folle de Dalila Belaza

La danseuse et chorégraphe célèbre avec Au cœur la danse traditionnelle

Un dialogue de la danse contemporaine et la danse traditionnelle semble s’être ouvert, ces dernières années. Rares sont cependant les projets aussi adroits, visuellement comme esthétiquement parlant, que celui de la danseuse et chorégraphe Dalila Belaza. La rencontre de cette artiste atypique, vue et saluée dans les chorégraphies de sa sœur, Nacera Belaza, et Lou Castellous, groupe folklorique basé à Sénergues, a donné naissance à une pièce singulière, forte d’un langage riche, où différentes strates dialoguent et se nourrissent l’une l’autre. La troupe ne sacrifie rien de sa singularité ou de son identité : les interprètes arborent une tenue traditionnelle, faite de jupes, bas, gilets, coiffes et surtout sabots d’un autre temps. 

Une technique solide

Présente sur scène, au cœur de cette ronde aveyronnaise qui en évoque tant d’autres – et peut-être celles de l’Algérie de ses parents ? – la chorégraphe s’y immisce sans la dénaturer. Son corps se fait tempétueux, imprévisible, quand ceux des Castellous demeurent droits et équilibrés, y compris dans des jeux de ralentis à la fluidité admirables. Les jeux sur le temps, sa distorsion, son accélération, sa perception, sont nombreux et convaincants puisque toujours portés par une technique solide. Car c’est avant tout la sensorialité du spectacle qui emporte. Les jeux de lumière, également pensés par la chorégraphe, révèlent les corps par morceaux, unissent ou isolent les danseurs, les définissent par synecdoque. Ils interpellent le spectateur, placés comme la chorégraphe au centre de cette ronde traditionnelle, qui s’ouvre à lui comme une main tendue. Le travail sur le son est particulièrement admirable. Les pas, rythmés par les sabots, résonnent lorsqu’ils se voient repris par la chorégraphe, qui les amènent pourtant ailleurs. Les effets sonores, pourtant simples, évoquent par leur seule distorsion différents horizons et différents lieux. Les bruits de clocher, de chevaux au pas, de charrettes à bras, se révèlent autant de pulsations pour des gestes à l’ampleur imprévisibles. Et d’invitations plus que prometteuses à la rêverie.

SUZANNE CANESSA

Au cœur a été donné les 1er et 2 avril au Pavillon Noir, à Aix-en-Provence.
Suzanne Canessa
Suzanne Canessa
Docteure en littérature comparée, passionnée de langues, Suzanne a consacré sa thèse de doctorat à Jean-Sébastien Bach. Elle enseigne le français, la littérature et l’histoire de l’Opéra à l’Institute for American Universities et à Sciences Po Aix. Collaboratrice régulière du journal Zébuline, elle publie dans les rubriques Musiques, Livres, Cinéma, Spectacle vivant et Arts Visuels.
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