Après la très attendue venue du Ballet Junior de l’Opéra de Paris, organisée par le Pavillon Noir au Grand Théâtre de Provence , d’autres formations se sont retrouvées à Aix-en-Provence pour prolonger ce temps fort dans une programmation dense.
Avec Near Life Experience, le Ballet Preljocaj Junior propose une version resserrée de la pièce créée par Angelin Preljocaj en 2003. Sur la musique d’Air, dont la patine accentue aujourd’hui les harmonies et textures, la chorégraphie explore des états-limites, entre transe et perte de contrôle. Le mouvement se fragmente, se suspend, se réorganise dans une physicalité instable. Les costumes, plus datés, restent en retrait sans altérer l’ensemble. Les danseurs traversent ces états contrastés avec une maturité de jeu qui s’inscrit pleinement dans cette écriture.
Le programme réunissant la Royal Danish Ballet School, le Cannes Jeune Ballet Rosella Hightower et le Ballet Junior de Bavière fait se succéder trois registres. Le pas-de deux extrait de Kermesse in Bruges d’Auguste Bournonville, créé en 1851 et interprété par Emma Larsen et Bertil Ulnitz déploie un vocabulaire académique clair, touchant dans sa simplicité, porté par une radiance et une joie manifestes.
Élans et langage
Le contraste avec Devil’s Kitchen de Marco Goecke, créé l’an dernier, sera flagrant sur le choix de costume – un cuir assez SM succédant en fin de spectacle au justaucorps et tutus – mais moins sur le travail des corps. Sur des musiques de Pink Floyd, le Ballet Junior de Bavière bascule vers un registre expressionniste, animé et ludique. La physicalité s’intensifie, les échanges se chargent d’une animalité presque cartoonesque, traversée d’humour. Les corps, très formés au classique, s’engagent dans un autre rapport au mouvement, avec une liberté visible.
Avec Soudainement, ici de Rubén Julliard, créé en novembre 2025 pour le Cannes Jeune Ballet Rosella Hightower, l’écriture se construit autour du lien. Les corps se rassemblent, se soutiennent, circulent dans une matière fluide qui repose sur l’alchimie entre les interprètes et leur désir de faire corps. Deux jours plus tard, cet élan proche à la jeunesse se fera tout aussi prégnant chez le Junior Ballet de l’Opéra de Norvège, où la chorégraphie, physique, exigeante et inventive d’Alan Lucien Øyen épouse les danseurs et les accompagne sans les contraindre, dans une continuité souple.
La pièce proposée par la Formation Coline resserre l’écriture autour de l’infime. Le geste travaille l’imitation, la proximité, la concordance. Cette recherche, désormais familière, trouve ici une interprétation précise.
Avec la pièce d’Ohad Naharin, interprétée par IT Dansa, un déplacement s’opère. L’écriture engage des corps déliés, capables de se réinventer dans une intensité physique constante. L’abattement du quatrième mur se déploie avec générosité, tandis que des passages sur Vivaldi et le chant de Pessah installent une gravité plus intérieure. La pièce propose, en miroir avec la pièce de Preljocaj dont elle quasiment contemporaine, une relecture de la gestique classique, déplacée et renouvelée.
SUZANNE CANESSA
Les spectacles ont été présentés du 11 au 17 mars au Pavillon Noir, Aix-en-Provence.
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