mercredi 11 mars 2026
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Le baroque dans tous ses éclats

Deux concerts, deux univers, une même passion. Le festival Mars en baroque bat son plein

C’est devant un auditorium d’Archipel 49 comble que s’est produit le mandoliniste Vincent Beer-Demander. Il présentait son programme Come Bach dans le lieu même où sa compagnie, VBD and Co, a établi ses bureaux.

La soirée s’est ouverte avec une pièce à la mandole de sa composition. Vincent Beer-Demander joue avec expressivité, construisant une interprétation en crescendo jusqu’à l’apothéose. Cette « Prière à grand chat » est dédiée à son grand-père : « Il adorait Bach, et me demandait toujours de lui jouer la Chaconne. Je ne le faisais pas : c’était difficile, j’avais d’autres choses à faire. Et puis il est mort il n’y a pas longtemps. Alors je me rattrape. » Un témoignage pudique qui exprime combien Come Bach n’a jamais aussi bien porté son nom.

Vient ensuite la Fugue en sol mineur tirée de la Partita pour violon que Bach transcrivit lui-même pour luth. La mandole en étant la descendante directe, cette tradition permet à Vincent de jouer la partition originale de Bach, révélant combien l’écriture en fugue et contrepoints transcende les limites de l’instrument. La mandole, comme le violon, est un instrument mélodique, voué à une seule voix. Et pourtant, grâce au génie de Bach, il semble que plusieurs voix dialoguent et se superposent. L’illusion est totale. On croit entendre plusieurs musiciens.

En réponse à cette fugue, Jean-Claude Petit, compositeur avec lequel Beer-Demander collabore, a écrit un Clin d’œil musical à ce chef-d’œuvre. Celui que l’on connaît comme arrangeur des plus grands noms de la pop, compositeur de musiques de films mémorables (Jean de Florette, Cyrano de Bergerac) est aussi lauréat d’un prix de contrepoint, au CNSM. Un surdoué à qui Bach semble aller comme un gant.

La Fugue en La mineur suit et prépare l’oreille à sa réponse : Bached, du compositeur grec Alexandros Markeas, lui aussi connu pour ses musiques de film. Cette pièce exige de désaccorder les cordes de la mandoline. Ce qui s’ensuit est une explosion d’énergie : les notes fusent comme des feux d’artifice, puis peu à peu la musique s’apaise, s’endort, s’éteint.

Une œuvre qui compte

La compagnie VBD and Co est engagée dans la constitution d’un nouveau répertoire pour mandoline. La soirée en témoigne avec des créations mondiales : Véronique Canonici, compositrice d’Avignon, avec Bachground, une pièce bâtie sur la signature musicale de Jean-Sébastien Bach : B-A-C-H, soit en notation allemande si bémol – la – do – si naturel. La partition, douce, est portée par des arpèges comme une méditation sur l’identité du compositeur. Puis vient la Chaconne, sommet de la musique pour instrument seul. Beer-Demander en parle avec respect : « Cette pièce comptait énormément pour Bach. On dit qu’il l’a composée après la mort de sa femme qu’il adorait. Elle raconte la tristesse, la joie, la grande spiritualité. C’est une œuvre qui compte pour tous les musiciens. » Quand la dernière note s’éteint, la salle reste un instant immobile, puis explose en ovation.

La soirée se conclut sur une dernière création, celle de Pierre-Adrien Charpy, présent dans la salle, s’appuyant elle aussi sur la signature BACH, mais pour mandoline et voix. VBD est accompagné de la soprano Raphaële Kennedy dans un dialogue d’une belle théâtralité, à la fois ancré dans la musique ancienne et résolument contemporain.

De Rome à Vilnius

Le dimanche matin, c’est au foyer Reyer de l’Opéra de Marseille que le festival se poursuit avec De Rome à Vilnius, programme de l’ensemble Canto Fiorito. Au début du XVIIe, la cour des Vasa, dans la République des deux nations, est un centre culturel majeur où l’influence italienne rayonne. Le concert retrace ce voyage musical à travers Palestrina, Marenzio, Stabile, Pacelli et Anerio. Mention spéciale pour les deux pièces de Tarquinio Merula. Hor ch’è tempo di dormir, d’abord conduit au clavecin puis repris dans un duo à l’orgue avec la mezzo-soprano lituanienne Renata Dubinskaitė. Sa voix riche tranche avec les sopranos légères habituellement associées au répertoire baroque et apporte profondeur et intensité dramatique. À la flûte, Rodrigo Calveyra,musicien d’origine brésilienne, directeur artistique de l’ensemble impressionne par sa maîtrise et sa sensibilité.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Les concerts se sont déroulés les 5 et 8 mars à l’Archipel 49 et à l’Opéra, Marseille.

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