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« Le Jour de gloire », deux mondes face à face

Le court métrage de Romuald Rodriguez Andrade et Ludovic Aklil Piette met en scène deux jeunes de cité confrontés à un ministre, et avec lui aux travers du pouvoir

Produit à Marseille par Films de Force Majeure, soutenu par la Ville, via le dispositif du soutien à l’émergence, tourné à Vitrolles, sélectionné au festival niçois C’est trop court et en compétition officielle de Music&Cinema, Le Jour de gloire est un film 100% local. Pour autant son propos dépasse le périmètre géographique où il s’inscrit

Donnant à leur film un titre issu de l’hymne national, Romuald Rodriguez Andrade et Ludovic Aklil Piette annoncent la couleur : il sera question de citoyenneté, de combat, mais aussi par antiphrase de cette gloire à laquelle Warhol ne donnait pas plus de quinze minutes. Celle conférée par l’image au détriment du fonds, par la gesticulation médiatisée au détriment des combats au long cours, moins spectaculaires. Les réalisateurs, fils d’émigrés, capverdiens pour Romuald, algériens pour Ludovic, ont grandi dans les cités HLM de Vitrolles et ont toujours voulu s’affranchir du déterminisme socio-professionnel dont ils étaient les témoins.

Instrumentalisation

Kamel (Iliès Kadri), fils de bistrotier a un projet pour sa cité : un complexe sportif gratuit. Flanqué de ses acolytes Youssoufa (Mamadou-Lamine Doumbia) et Hichem (Malik Bouchenaf), il est invité par l’attachée de mairie à le présenter au ministre de la Ville en visite éclair dans ce quartier populaire. Les réalisateurs filment la confrontation de deux mondes, celui de la grand-messe institutionnelle et celui foisonnant de la vie des quartiers. La rencontre de deux langues aussi : celle de bois (dont on fait les pipeaux) utilisée par le ministre, le bien nommé Le Coq – on ne peut plus gaulois, qui se rengorge de formules stéréotypées vidées de leur sens. Et celle des cités, qui pour être plus cash, n’en analyse pas moins bien les choses.

Par les yeux de Kamel dont l’idéalisme est mis à mal, le film montre l’instrumentalisation par le pouvoir de ces « jeunes porteurs de projets », et la révélation pour le jeune homme de cette duperie. Dans la lignée des antihéros genre pieds nickelés du Ken Loach, de La Part des anges, les copains de Kamel assument la caricature. La caméra mobile colle à Kamel. Les cinéastes précisent avoir voulu, par leur mise en scène, l’isoler dans sa prise de conscience.  La dernière image le laissera seul contre tous, défroissant le dossier de son projet que le ministre a « oublié », mais qu’il pourra – on le lui a promis, soumettre au préfet. Dans leur note d’intention, le duo de réalisateurs écrit qu’il s’agissait de laisser le spectateur avec le sentiment d’une victoire au goût amer. C’est plutôt réussi.

ÉLISE PADOVANI

Le Jour de gloire, de Romuald Rodriguez Andrade et Ludovic Aklil Piette

Film présenté le 29 mars dans le cadre du Festival international Music & Cinema Marseille.

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