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« Le livre des Solutions », un réalisateur au bord de la crise de nerf

Présenté à la Quinzaine des Cinéastes 2023, le Livre des Solutions de Michel Gondry s'ouvre sur nos écrans ce mercredi 13 septembre 

Pourquoi faire du cinéma selon Gondry ? Pour expérimenter les mille idées qui bouillonnent dans une tête intranquille ? Pour vivre l’euphorie de leur donner vie et forme ? Pour trouver des solutions à des problèmes qu’on a inventés ? Pour contrer poétiquement une réalité contraignante et brutale ? La soumettre à ses désirs ? Pour endiguer ou nourrir sa dépression ? Ou s’en servir ? Pour satisfaire sa vanité, séduire une femme qui se prénommerait Gabrielle et aurait une cicatrice sur la pommette ? Pour retrouver sa maison d’enfance, dire à une vieille tante qu’on l’aime très fort et lui dédier un film ? Une nécessité existentielle en tous cas !

Huit ans après l’échec commercial de Microbe et Gasoil, Michel Gondry nous revient avec une comédie largement autobiographique et hilarante qui met en scène cette nécessité-là. Il décrypte son processus : « démarrer le projet, apprendre en faisant, ne pas écouter les autres ou les écouter » – la contradiction n’étant pas un obstacle… Marc Becker (avatar de Gondry), interprété avec brio par un Pierre Niney irrésistible, est un réalisateur hyperactif, impulsif, tyrannique, un tantinet égoïste et carrément bipolaire, sous traitement antidépressif, « triste le matin » et pas forcément gai le reste de la journée. Il est en passe de terminer un long métrage très personnel, intitulé Chacun. Tout le monde, dont les premières images sont présentées au staff de la production. Le verdict tombe : « C’est gris, c’est laid, on ne reconnaît pas les acteurs et cela nous coûte 5 millions. On arrête le tournage, on va essayer de sauver les meubles et notre investissement. » 

Maire à mi-temps

Ce sauvetage est confié à un collaborateur de Marc, Max (Vincent Elbaz) qui devient dès lors pour lui le Judas que Gondry se chargera d’abattre par des moyens cinématographiques. Pour reprendre la main et finir son film, aidé par sa patiente et raisonnable monteuse Charlotte (Blanche Gardin), l’assistance réal Silvia (Frankie Wallach), la vidéaste Gabrielle (Camille Rutherford), et le technicien polyvalent Carlos (Mourad Boudaoud), il vole le matériel de montage et tous les rushs. La petite bande part se cacher chez la tante de Marc, Suzette (Françoise Lebrun). Le cinéma indépendant et buissonnier s’est fait la malle sur les routes des Cévennes pour suivre son allure sans passer la troisième pour éviter le crash. Dans la foulée, Marc jette ses médocs. Sa maniaco-dépression peut alors exploser librement, tout comme sa créativité, générant une suite de gags et de dialogues savoureux à déguster comme le gratin d’aubergines de Suzette. Les idées fusent, déstabilisant son équipe  dont il exige une disponibilité totale même à 3 heures du matin, leur demandant l’impossible, les houspillant, s’excusant, récidivant, partant dans tous les sens, procrastinant, devenant maire à mi-temps du village, acquérant une ruine pour en faire un studio de cinéma, commençant un documentaire sur une fourmi, imaginant un nouveau film, refusant de voir celui-là, reconsidérant constamment son montage. Ce sera un palindrome avec un entracte pipi sous forme de dessin animé sur un renard qui ouvre un salon de coiffure.

Il a beaucoup de chance, Marc ! La tendresse inconditionnelle de Suzette, la fidélité bienveillante de l’équipe qu’il malmène. Charlotte, Gabrielle et même Carlos son souffre- douleur, le suivent jusqu’au bout, Silvia prendra le large mais reviendra. Tour à tour, inquiets pour lui, admiratifs, excédés. Sidérés quand la réalité obéit à sa folie. Ainsi quand il obtient la collaboration gracieuse de Sting et arrive dans un studio londonien hyper numérisé avec un magnéto portable vintage des années 1980 pour l’enregistrer. Ou quand il compose une musique avec un orchestre déniché au fin fond de la province, sans partition et dont il a viré le chef. Loin d’un autoportrait complaisant qui magnifierait les affres du créateur façon romantique, Le livre des Solutions soutenu par une petite voix intérieure reste dans l’autodérision et la tendresse d’un hommage au bricolage génial du cinéma, où il suffit de deux tuyaux d’arrosage pour inventer un chantons sous la pluie, et de placer son œil au petit trou de la feuille d’un arbre, pour voir le monde plus clairement.

ÉLISE PADOVANI

Le Livre des solutions a été présenté le 7 juin au cinéma L’Alhambra à Marseille.

@Copyright The Jokers Films

Sortie en salles : 13 septembre

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