vendredi 19 juillet 2024
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Le Mucem sur sa réserve

Populaire ?, la nouvelle exposition permanente, tente de mettre en valeur les trésors de ses collections

C’était un exercice casse-gueule. Extraire 1 200 objets et documents des fonds du Mucem, pléthoriques parce qu’ils ont hérité de ceux du Musée national des Arts et Traditions populaires, auxquels se sont ajoutées les collections européennes du Musée de l’Homme, et ses propres acquisitions réalisées depuis le début des années 2000 dans l’aire méditerranéenne. Un million d’items, si l’on compte les archives photographiques, estampes, cartes postales… 1 200, proportionnellement, c’est peu, mais déjà beaucoup tant, à parcourir la nouvelle exposition permanente, on se sent débordé par un rendu très chargé. On aurait tort d’en rester à cet effet de vide-grenier : évidemment, le travail de réflexion mené par le commissariat collectif, assuré par les  équipes de conservation du Mucem a été poussé, la progression du parcours soignée, la scénographie élaborée par Sylvie Jodar ne démérite pas. Mais sans doute la commande, rendre populaire le Mucem en s’appuyant sur « la force émotionnelle de sa collection », selon les mots de son président, Pierre-Olivier Costa, avait-elle ses limites.

Certes, avoir la chance de découvrir le savoir-faire de bergers du XIXe siècle, qui ont conçu dans l’Eure une très belle cabane mobile, ou l’intérieur complet d’une maison bretonne telles qu’elles se présentaient encore dans les années 1960, est précieux. Certes, les masques animaliers qui ornent toute une section, comme ce bœuf, sobrement stylisé, réalisé par un sculpteur de Sardaigne, Gonario Denti, en 2005, sont de toute beauté. Certes, demander à quatre écrivains – Sophie Blandinières, Lucile Bordes, Arthur Dreyfus et Guillaume Poix – de rédiger des « cartels sensibles », pour faire « ressortir la poétique de l’objet » en y « frottant leurs imaginaires »  est une bonne idée. Toutefois, la juxtaposition, de salle en salle, d’autant d’éléments disparates, évoque surtout un vaste cabinet de curiosités.

Muscler le propos

Peut-être, pour convaincre les visiteurs, au delà des CSP+ habitués des structures culturelles, de venir dans un musée de société, faudrait-il leur proposer un peu plus de mordant. Cela pourrait passer par un traitement plus profond, au sens où il s’adresserait à tous en tant que sujets, citoyens, et non simples consommateurs de savoir. Populaire ? est frustrante à ce niveau, parce que la dimension potentiellement très politique des objets du quotidien n’est que parcimonieusement présente. Un pichet peint entre 1848 et 1852 dans la Somme, par exemple, arbore le message « Louis Napoléon est un bon Républicain, buvons à sa santé ». Il fait écho à un autre élément de vaisselle, vu dans le précédent dispositif qui permettait au Mucem de mettre en valeur ses collections, les Abécédaires. Dans Les maternités de A à Z, figuraient des assiettes en faïence produites en Moselle vers 1860, ornées de clichés visant vieilles filles et filles-mères. On rêve d’une prochaine proposition centrée sur les supports de communication idéologique : ils ont bien changé depuis le XIXe siècle, mais la propagande conserve de troublantes analogies…

Outre les Abécédaires, la thématisation a fait ses preuves dans les expositions de plus petite taille proposées au Centre de Conservation et de Ressources du Mucem, à la Belle de Mai. De même que le fait de s’emparer franchement de sujets de société encore brûlants. On se souvient avec enthousiasme de Osez l’interdit en 2019, belle réflexion sur le licite et l’illicite réalisée par des collégiens marseillais à partir des fonds du musée, accompagnés par la scénographe Laurence Villerot. Ou encore de Psychodémie, sous le commissariat d’Aude Fanlo, mettant en perspective la collecte réalisée au printemps 2020, en pleine crise sanitaire.

GAËLLE CLOAREC

Populaire ?
Mucem, Marseille
04 84 35 13 13 
mucem.org

Autour de l'exposition
Durant les deux semaines des vacances de fin d'année, le Mucem veut « faire rimer Noël avec arts populaires ». Au delà de cette formule un tantinet maladroite, il sera sans nul doute délicieux, pour les bambins, de retrouver le rat Raoul Lala, marionnette animée par Cyril Bourgois, en conférence-spectacle (le 27 décembre, à partir de 7 ans), d'écouter la conteuse Jeannie Lefebvre lors d'un goûter gourmand (les 28, 29 et 30 décembre), ou encore de découvrir Ce matin-LÀ, spectacle de clown et théâtre de papier par la Cie Chouette il pleut !, (les 3, 4 et 5 janvier).
Noël pop
Du 27 décembre au 7 janvier
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