dimanche 25 septembre 2022
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Le Nice Classic Live célèbre la musique chambriste sous toutes ses formes

Fidèle à sa tradition, le festival niçois a réuni un public fait d’amateurs, de jeunes recrues et d’habitués dans le cloître du monastère de Cimiez

La soirée du 1er août s’est ouverte sur une programmation singulière. Soit deux guitaristes réunis pour entonner des pages dédiées à leur instrument, les Micropiezas du compositeur cubain Léo Brouwer, mais également et surtout, nombre de transcriptions d’œuvres pour le moins hétéroclites. Rémi Jousselme et Tristan Manoukian, solistes et chambristes aguerris et forts d’une belle collaboration, ont passé au prisme des cordes pincées des pages passionnantes : Meredith Monk, Béla Bartók, et même John Cage ! Le tout, sans rien sacrifier de la subtilité des œuvres, semble les enrichir de couleurs inédites. Les accents brésiliens de Brouwer résonnent sur les envolées jazzy de Meredith Monk ; la musique folklorique revue et corrigée par Bartók sonne… folk ! En bis, une autre transcription de Lutoslawski vient conclure ce joli voyage.

Violon sans frontières

On sait pourtant qu’on embarque de nouveau pour une destination inconnue en seconde partie de soirée. La carte blanche confiée au violoniste Gilles Apap lui ressemble : son ancrage classique s’enrichit de fantaisies audacieuses, jusqu’à sa conclusion d’une quinzaine de minutes quasi improvisées par un groupo de cordes sur des thèmes irlando-américains. Tout juste pourra-t-on regretter que l’immense talent de la harpiste Marie-Pierre Langlamet ne soit sollicité que sur des transcriptions au mieux anecdotiques – L’Entr’acte de Jacques Ibert –, voire franchement ingrates – la pourtant magnifique Sonate pour flûte et piano de Poulenc, sur laquelle Julien Beaudiment laisse l’auditoire sans voix. Menée de main de maître par la pianiste Marie-Josèphe Jude, directrice artistique du festival, la Sonate pour violon et piano du même Poulenc rappelle quels grands écarts stylistiques le compositeur opéra tout au long de sa vie. La clarinette de Michel Lethiec, très classique, sait également tirer le meilleur de Gershwin, en compagnie du piano très swing de Ninon Hannecart-Ségal.

L’art délicat du quatre mains

La soirée du 2 août rassembla deux ensembles pas comme les autres. L’art tout particulier du quatre mains se révélant d’une délicatesse certaine, il impliquait de convoquer des duos durablement soudés. Sur un programme donné également le 10 août aux Nuits Pianistiques d’Aix-en-Provence, Jacques Rouvier et Kateryna Diadiura se sont frottés à l’exercice avec enthousiasme et dextérité : la complicité unissant l’ancienne élève et le professeur est tangible. La Melodiya de Skoryk donnée en préambule semble tenir particulièrement à cœur à la jeune pianiste ukrainienne, qu’une émotion palpable ne quittera pas pendant une bonne moitié du concert. Ce qui ne l’empêche pas d’exécuter la célèbre Fantaisie de Schubert avec panache, puis de faire danser Grieg et Brahms sur tous les tons et tempi imaginables. Jusqu’aux désopilants Souvenirs de Bayreuth de Fauré et Messager, hydre à deux têtes… au carré ! En seconde partie de soirée, Barbara Binet et Pascal Rogé s’attaquent à un programme plus bigarré : de la classiquissime Sonate en ré majeur de Mozart aux Souvenirs hollywoodiens en diable de Samuel Barber, un grand écart stylistique se creuse, révélant de ce pas l’irréprochabilité technique du couple. De retour de l’entracte, les Six pièces opus 11 de Rachmaninov sont entonnées avec une cohérence et une ferveur rare. La symbiose est totale entre ces deux interprètes. Autant dire qu’on attend de pied ferme la parution à venir de leur enregistrement commun.

SUZANNE CANESSA

Soirées du 1er et 2 août du Nice Classic Live, qui s’est tenu du 16 juillet au 9 août au cloître du monastère de Cimiez, à Nice.

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