Ce Procès du siècle, qui entendait Donner des nouvelles de nos intimités, était encore plus bondé que d’habitude. Avec peut-être un huitième seulement de présences masculines dans le public. Un chiffre révélateur, selon l’animatrice de la soirée, la journaliste Naya Ali. Car les hommes semblent, encore aujourd’hui, difficilement s’autoriser le terrain de l’intime. Un manque cruel pour les jeunes, inondés de contenus masculinistes et de pornographie, qui auraient besoin pour se construire de pouvoir échanger avec leurs pères et leurs pairs tant sur les relations affectives que sur la sexualité.
Les jeunes femmes, quant à elles, ont pris la mesure de ce que « la parole et l’écoute peuvent avoir de réparateur », se réjouissait Axelle Jah Njiké, podcasteuse et documentariste. En insistant sur l’importance de dire la vérité sur les violences, notamment sexuelles, massivement vécues par les filles. « Nos silences ne nous sauveront pas ; le fait de parler est ce que les femmes peuvent faire de plus subversif. »
Ouverture des possibles
La sociologue Marie Bergström, coordinatrice d’un ouvrage collectif récent paru à La Découverte, La sexualité qui vient, confirme cette émancipation. « En 2023, une femme sur cinq ne se disait plus exclusivement hétérosexuelle. Ces dernières décennies, elles ont pu découvrir d’autres manières de vivre l’intimité. » La figure repoussoir de la salope n’en a pas pour autant disparu, mais malgré les attaques contre les droits des femmes qui se durcissent partout dans le monde, l’espoir est là : « Je pense qu’il s’agit d’un mouvement réactionnaire face à un courant de fond qui ne s’effacera pas facilement. Dans notre enquête, 56 % des jeunes hommes se disent désormais féministes. »
Une note optimiste, renforcée par l’humour d’une jeune témoin appelée « à la barre » : « J’aime la monogamie, mes valeurs entrent en conflit avec mon désir. Est-ce que cela fait de moi une mauvaise queer ? Pas assez déconstruite ? » Les générations nouvelles semblent bien décidées à désobéir à tous les dogmatismes. Comme le faisaient les Saint-Simoniennes au XIXe siècle, rappelait la conservatrice du patrimoine Anna Millers : très avant-gardistes, elles dénonçaient le mariage comme une institution aliénante, prônaient l’amour libre et l’affranchissement des femmes par elles-mêmes. Elles seraient probablement fières de celles qui continuent à ne rien lâcher.
GAËLLE CLOAREC
Le prochain Procès du siècle, « Comment s'y retrouver dans le chaos informationnel ? », aura lieu le 2 février.
Retrouvez nos articles Société ici





