dimanche 16 juin 2024
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Le Théâtre d’Arles au cœur d’enjeux territoriaux ?

Dominique Bluzet, qui dirige quatre théâtres à Aix-en-Provence et Marseille, est nommé à la direction du théâtre municipal d’Arles. Entretiens avec Claire de Causans, adjointe au maire Patrick de Carolis en charge de la Culture, Nicolas Koukas, conseiller municipal d’opposition (PCF) et Dominique Bluzet, qui explique son projet artistique

CLAIRE DE CAUSANS
adjointe au maire Patrick de Carolis en charge de la Culture

Zébuline. Pourquoi et comment avez-vous choisi Dominique Bluzet pour diriger le Théâtre municipal d’Arles ? 

Claire de Causans. Patrick de Carolis l’a expliqué en Conseil municipal, ils se connaissent depuis très très longtemps ! L’équipe actuelle voulait une direction, elle a refusé une candidature que nous lui proposions, et accepté celle de Dominique Bluzet qui correspondait à la volonté du mairie de construire un projet de territoire, d’étoffer et de diversifier l’offre tout en maintenant la spécificité de notre théâtre, qui était labellisé sur les écritures contemporaines. L’équipe n’a manifesté aucune réticence au projet de Dominique Bluzet, qui vient s’inscrire dans la programmation d’Ophélie Couailhac, qui programme dans ce théâtre depuis deux ans. 

Le processus de nomination n’est-il pas discutable ? 

C’est un théâtre municipal, la mairie peut nommer sa direction. Dominique Bluzet arrive avec un financement du ministère que nous avions perdu. Il est soutenu par le Département, la Région et l’État. Il ne transpose pas les saisons de ses théâtres ici, mais permet aux Arlésiens de bénéficier de quelques spectacles que nous n’avions pas les moyens de faire venir sur nos budgets propres. Nous serons très vigilants sur la grille tarifaire, il n’est pas question d’appliquer ici les tarifs aixois. 

Qui fera la programmation, donc ? 

La saison 2024-2025 est prévue par Ophélie Couailhac, il l’a entièrement validée et a proposé quelques spectacles supplémentaires. En 2025-2026, ils réfléchiront à la programmation ensemble. Il a même proposé à Ophélie Couaillac d’intervenir dans Les Théâtres [structure regroupant les quatre théâtres que dirige Dominique Bluzet, ndlr]. Tout cela est très positif, ce ne sera pas un énième théâtre de Dominique Bluzet, mais un lieu qui bénéficiera de ses réseaux et de son expertise, grâce aux synergies des moyens. Il réfléchira aussi à une programmation dans le Théâtre antique de 2000 places, qui est sous employé. 

Certaines craintes s’expriment sur la diffusion des compagnies locales… 

Alors là… Elles n’avaient aucune place au théâtre lors des mandatures précédentes, elles restaient à la porte, là on les accueille, on produit Marie Vauzelle par exemple. Bien sûr nous continuerons. 

Vous avez baissé les subventions de 600 000 à 400 000 euros en arrivant. C’était une erreur ?

Nous avons dû opérer des coupes budgétaires, mais ce budget de 600 000 euros a été rétabli depuis. 

Ne craignez-vous pas que cette alliance Arles-Marseille-Aix, menée par le président de One Provence, organisme métropolitain, relève d’une volonté de Martine Vassal de faire entrer Arles dans la métropole ? 

Je ne crois pas, et de toute façon Patrick de Carolis est clairement contre. Il s’entend bien avec Martine Vassal mais tient beaucoup à l’agglomération arlésienne et au PETR [Pays d’Arles, ndlr]. Tisser des liens ne change rien à notre indépendance.


NICOLAS KOUKAS
conseiller municipal d’opposition (PCF)

Zébuline. Vous avez fait part en Conseil municipal de votre opposition à la nomination de Dominique Bluzet à la tête du Théâtre d’Arles. Pourquoi ?

Nicolas Koukas. Je ne remets aucunement en cause ses qualités de directeur. Mais c’est une décision unilatérale du maire, sans appel d’offre, sans même une information préalable du Conseil municipal. En deux délibérations, on entérine sa nomination et une convention avec le théâtre aixois du Jeu de Paume. Après les erreurs du début de mandat, pourquoi leur ferait-on confiance ? 

De quelles erreurs parlez-vous ? 

De la diminution brutale de budget du théâtre, passé de 600 000 euros à 400 000 euros quand Patrick de Carolis a pris ses fonctions. Nous avons perdu la convention avec l’État, Valérie Deulin [directrice du théâtre jusqu’en 2022, ndlr] est partie… et on a eu Édouard Baer, qui n’a tenu aucune de ses promesses. Tout a fait pschitt, il n’a pas ouvert le théâtre tous les jours comme il le promettait, n’a pas développé la programmation au Théâtre antique. Comment, après ces échecs, accepter une nouvelle décision sans consultation et sans débats ? 

Le budget a été rétabli et Dominique Bluzet a une expérience de direction qu’Edouard Baer n’avait pas…

Comme je vous le disais, je ne remets aucunement en cause ses qualités d’entrepreneur. Mais d’un côté 50 000 euros par an pour venir 7 jours par mois me semblent beaucoup, d’autre part les acteurs du territoire sont nombreux à être inquiets. Quelle place vont-ils avoir dans ce projet ? Je ne suis pas aixois, je suis arlésien, et Arles a un ADN particulier. Quel est le projet pour notre théâtre municipal, la programmation va-t-elle tenir compte des acteurs de la ville, la tarification va-t-elle être revue la hausse ? Ce théâtre a une histoire, il a été fermé par un maire de droite, rouvert par un maire de gauche, et mis en grande difficulté par Patrick de Carolis, qui a dissous l’association, composée d’acteurs arlésiens, qui l’administrait. Là, on nous impose un lien dont Arles ne veut pas. Depuis des années les 29 communes de l’agglomération se battent pour ne pas entrer dans cette métropole qui est dans une impasse économique, politique et administrative. La culture arlésienne n’est pas destinée à être la tête de pont d’un rapprochement territorial. 


DOMINIQUE BLUZET
Directeur des Théâtres (Gymnase, Bernardines, Jeu de Paume et Grand Théâtre de Provence)

Vous dirigez 4 théâtres, à Aix et à Marseille, et une agence d’attractivité du territoire, One Provence. Pourquoi prendre en charge un théâtre de plus ? 

Dominique Bluzet. Pour ce qui est de One Provence, la demande de Martine Vassal était honorifique, je ne suis pas payé pour exercer cette présidence, qui n’est pas une direction. La présidente du Département et de la Métropole cherchait quelqu’un qui avait réussi à réconcilier Aix et Marseille. Cette présidence se termine l’an prochain, mais la direction du Théâtre d’Arles repose effectivement sur la même dynamique. 

C’est une volonté de Martine Vassal ? 

Non, du ministère, qui veut réconcilier ce territoire. Depuis la guerre des Gaules, depuis César, le pouvoir administratif a quitté Marseille pour s’installer à Aix, qui croit à sa légitimité d’administrer la populace marseillaise… Pour sortir de cette représentation millénaire, je pense qu’il faut comme on l’a fait en 2013 coordonner nos dynamiques autour de la vie culturelle. C’est à dire reprendre l’histoire à la guerre des Gaules, et tenir compte enfin de l’Arlésienne en l’incluant dans la politique de création et de diffusion de ce territoire exceptionnel.

Exceptionnel en quoi ? 

Le territoire Arles Aix Marseille regroupe des festivals et institutions de dimension internationale, photographie, art lyrique, théâtre, mais aussi arts émergents, édition… Mais les artistes de ce territoire ont du mal à être accompagnés en production et en diffusion. L’idée de l’État, parce que c’est Christopher Miles [Directeur général de la création artistique au ministère de la Culture, ndlr] et la Ville d’Arles qui sont venus me chercher, c’est d’aller vers plus d’efficacité en termes d’accompagnement des compagnies. Le plan « Mieux produire, mieux diffuser » du ministère permet d’engager 120 000 euros à Aix et 80 000 euros à Arles pour produire et diffuser les compagnies de la région. 

Moins votre salaire ? 

Le Théâtre d’Ales est en régie municipale. Pour le diriger je recevrai ce que recevait Édouard Baer, mais je serai là, pour accompagner les compagnies, élargir les publics en concernant tout le monde. On me reproche aussi d’uniformiser l’offre mais vous savez, en 6 jours d’ouverture des réservations pour les Théâtres, nous avons vendu 74 000 places, pour une programmation qui est tout sauf uniforme. Je programme et produis des compagnies d’ici comme celle d’Agnès Régolo, mais aussi Adama Diop avec un spectacle qui parle de violences policières, Joël Pommerat et son travail avec des détenus, du stand-up dans les cités à l’Après-M en reversant une part des recettes, parce qu’ils en ont besoin. Pour moi, aller vers, ce n’est pas aller chercher du public qui viendra dans mes théâtres ensuite, mais allier, rassembler, faire vivre les différences. Je sers un territoire avec ses gens, pas une ambition politique. J’arrive à Arles avec de l’argent, la possibilité de mutualiser les programmations, de mieux diffuser les compagnies qui auront plus de dates. J’arrive aussi dans un théâtre qui a souffert de la direction d’Édouard Baer et qui avait besoin d’une solution. On verra, à l’usage, si c’est cela qui convient. 

ENTRETIENS RÉALISÉS PAR AGNÈS FRESCHEL

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