dimanche 14 juillet 2024
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Les valeurs de l’ovalie

Il n’est pas de bon ton de se plaindre d’accueillir une compétition sportive. La presse, les politiques, les commerçants, les bistrotiers, se réjouissent en chœur de l’arrivée en masse d’un public au « panier moyen » élevé, qui consomme et qui, miracle de l’ovalie, ne fracasse pas, comme le public du foot, les équipements communs et la gueule des supporters de l’adversaire. 

Pour autant célèbre-t-on le sport avec cette Coupe du monde, masculine, de rugby ? Est-ce un hasard si la France, dans cet affrontement des nations, s’accommode d’un deuxième ligne accusé d’avoir cassé du « bougnoule », et d’un chauvinisme qui sombre à pieds joints dans la caricature ? 

La cérémonie d’ouverture avec béret, foulard rouge, baguettes croustillantes, Jean Dujardin recuit et coq géant débile est bien sûr une offense à notre sens esthétique, à toutes les magnifiques compagnies qui savent fabriquer des spectacles à l’échelle d’un stade. C’est surtout un camouflet au pluriculturalisme et à la diversité qui anime nos rues. Non seulement la France, ce n’est pas cela, mais ça ne l’a jamais été, en aucun temps, même pas dans les années 1930, en aucun lieu et encore moins dans un Montmartre fantasmé. 

Tout le travail d’une culture en marche est d’échapper aux images caricaturales qui enferment les peuples et les esprits, de refuser de céder aux fantasmes, de briser les miroirs oublieux d’où ne savent surgir que des hommes, parisiens, blancs, forcément vantards et bons vivants, filous à la main leste. 

Valeur de l’ovalie ? Valeur du sport ? Fierté française ? 

La France sera une grande nation sportive quand elle aura des équipements qui permettent aux enfants d’apprendre à nager, à courir, à sauter, à faire équipe. Quand chacun et chacune pourra pratiquer une activité sportive, à tout âge, performant ou invalide, doué ou maladroit.  Quand elle cessera de confondre sport et compétition, match et affrontement identitaire, sport et spectacle sportif. 

Alors, on pourra se réjouir de partager des valeurs, les plaisirs les gestes des corps en  mouvement. Comme les arts, les sports n’ont de sens que s’ils sont partagés. Dans un spectacle qui construit du collectif et non de la castagne, dans une pratique ouverte et possible pour tous et toutes, et dans une élaboration commune des enjeux et des règles qui les régissent. 

AGNÈS FRESCHEL

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