Il est incontestablement, depuis plus de 30 ans, un de nos plus grands metteurs en scène. Et prolixe avec ça, montant plusieurs spectacles par an, des opéras flamboyants, des Brecht, des Molière, des Claudel et des Tchekhov qui prennent toujours un petit air Shakespearien, dans la démesure, l’éclat de rire sous la tragédie, les adresses au public, les envolées poétiques. Nicolas Bouchaud est son acteur fétiche, son complice, son Galilée son Don Juan son Ivanov, mais Sivadier sait aussi écrire, et travailler avec de jeunes comédiens tout neufs…
Ce Portrait de famille, dont le texte est publié aux Solitaires intempestifs,a été créé au Printemps des comédiens 2024 (Montpellier), joué au théâtre de la Commune (Aubervilliers), puis passé pour une date à Sainte-Maxime, avant de triompher au Théâtre du Rond-Point et dans une tournée nationale. Il est porté durant 3h30 par 14 jeunes comédien·nes sorti·es du Conservatoire national supérieur de Paris en 2013, toustes exceptionnel·les.
Cercle de violence
Au sol une terre battue qui mêle cendres et poudre d’or. Au lointain un palais dessiné, sur scène une famille dont on connaît tous quelques bribes d’histoire, mais pas tous les affres affreux. Les Atrides, rendus réels par Sophocle, Euripide et Eschyle, Homère aussi, puis Sénèque, puis Racine, puis Giraudoux et Anouilh, agissent comme des primitifs d’avant l’histoire, des barbares tout juste sortis de la glaise, par des dieux qui eux-mêmes s’entredévorent.
Cela commence par la rivalité de deux frères, Atrée qui tue les fils de Thyeste et les lui sert en pâté ; puis les fils d’Atrée, Ménélas et Agamemnon, qui épousent deux sœurs et déclenchent la guerre de Troie « pour une histoire de cul ». D’un père Agamemnon qui tue sa fille Iphigénie pour faire changer les vents. D’une mère Clytemnestre qui tue son mari infanticide, d’une fille, Electre, qui veut venger son père, d’un frère, Oreste, qui veut venger sa sœur. Et d’autres encore, Egisthe le faux frère né d’un inceste, vrai régicide, Chrysothémis qui croit en la nation et cherche la paix…
Le mythe des Atrides établit des relations constantes entre les violences familiales et politiques. Il explique les guerres par des crimes originels monstrueux : fratricide, cannibalisme, viol de sa propre fille. Il poursuit dans un inéluctable enchaînement de vengeances successives que personne ne parvient à briser. Il parle d’un Moyen-Orient que les flammes dévorent et que le sang rougit parce que des frères ne savent pas s’entendre, que des pères préfèrent tuer leurs enfants que de se soumettre au vent, que les femmes toujours sont violées, violentées, sacrifiées.
Le théâtre antique, récrit et porté par Sivadier, est d’une terrifiante actualité.
AGNES FRESCHEL
Portrait de famille
Une histoire des Atrides
Du 11 au 13 mars
Théâtre Liberté, Toulon
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