dimanche 14 juillet 2024
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Lionel Damei : au fil des mots

Accompagné de la pianiste Agnès Jacquier, anciennes et nouvelles compositions ont ponctué la sortie de résidence de Lionel Damei à L’idééthèque des Pennes-Mirabeau

« L’idééthèque », quel joli nom ! Le tout nouveau complexe culturel des Pennes-Mirabeau, fleure bon le bois et les livres et recèle une salle de spectacles avec une programmation qui sait accueillir les poètes et leurs mots.

Ce jour-là, de passage dans son sud natal, l’auteur, compositeur, interprète, danseur, comédien, feu follet génial qu’est Lionel Damei, refermait une résidence de création autour de son Jardin solaire avec la complicité de la subtile pianiste Agnès Jacquier. Ces compositions pour « voix nue et piano noir » s’orchestraient en deux temps, un regard vers le passé puis un florilège de pièces nouvelles.

Voici une première. « La » première chanson, « écrite avec un copain dans la voiture » en 1984, déjà la poésie sourd des mots et de leur accord aux notes, impressions qui, mine de rien, dessinent une aventure humaine. Les souvenirs éclosent au cœur des « chansons de l’ancien temps», l’enfance, les parfums, les sensations, les goûts, avec un « chat rossignol dans la gorge ». Marseille, la ville où finit Rimbaud « amputé de ses ailes », Le jardin d’Allah composé lors d’un retour de Tunisie, la place de Lenche où le comédien fit ses débuts, renaissent, images sensibles, vignettes délicates de « l’ancien temps ». Le tango impose alors son rythme, le chanteur chaloupe, dessine un autre langage où le corps, les mots, la musique ne sont plus qu’un. L’ogre de paille, cet « enfant perdu au fond d’une armure », souffre sous ses fards et c’est alors qu’il est beau. Le tragique s’immisce avant d’être bousculé par une pirouette… de la légèreté avant toute chose. De toute façon, « à la fin tout fait sens »…

Des souvenirs et des refuges

Les nouvelles compositions, malgré « la mémoire d’hippocampe » de leur interprète (dit-il), poursuivent une introspection parfois facétieuse, « niveau zodiaque, je suis poisson ascendant vierge, au niveau zodiaque chinois serpent » … Naît ainsi « le paradoxe du serpent », aux couleurs d’ombres qui font « brader au diable (notre) âme d’enfant / Et réciter comme à la messe / Aujourd’hui c’est moins bien qu’avant ». Les souvenirs émergent, façonnent la matière. On flirte avec le « Roman de Claudine », la douceur des glycines, le « regard intense » de Colette, hanté par les fantômes de Barbara et de la Louve, la sublime Anne Sylvestre… Bach groove, et Patti Smith « fulmine ». « La peau des mots fait mouche » et « il n’y a plus d’encre à perdre », les histoires d’amour finissent parfois mal, ailleurs ce sont les amitiés amoureuses qui servent de refuge.

La silhouette de Dalida se profile dans Soleil de cendres (écrit pour le dernier spectacle autour de la chanteuse et actrice concocté avec Alain Klingler, Dalida sur le divan à partir du texte éponyme de Joseph Agostini). La chanson du spectacle L’homme traversé permet de rendre hommage à Laurent Jacquier dont les superbes arrangements offrent à Agnès Jacquier de superbes partitions pianistiques aux accents qui jonglent entre Bach et Debussy. La musique n’accompagne pas seulement les textes, mais cisèle leur portée tandis que la danse est un « chemin buissonnier ». Quelle invite ! On en garde les fulgurances, les évasions, la désinvolture, les frémissements : « Je suis en souvenance / Enivré d’un avant / Tout n’est que résonance / Que parfums m’éprouvant » (Lionel Damei – Henry Torgue). Entre Baudelaire et Des Esseintes (le personnage de Là-Bas de Huysmans), la valse des sensations tournoie. Subtile musique…

MARYVONNE COLOMBANI

Spectacle donné le 16 février à l’Idééthèque, Les Pennes-Mirabeau.

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