mercredi 30 novembre 2022
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Mahler, Chostakovitch : musiques obligatoires

Le festival Musiques Interdites a ouvert sa 17e édition et son partenariat avec le Conservatoire de Marseille par un concert dédié à Mahler et Chostakovitch

Le Festival Musiques Interdites qui célèbre les artistes censurés par des gouvernements totalitaires s’ouvre sur un concert dédié à Mahler et Chostakovitch, bannis respectivement par le IIIe Reich et Staline. Le premier a eu une influence forte sur le second, qui a entrepris de retranscrire pour piano quatre mains l’Adagio, seul mouvement terminé de la 10e symphonie posthume de Mahler. Cette retranscription étant elle-même inachevée, le festival a commandé à l’américain John Warner la retranscription complète de l’œuvre.

Celle-ci s’avérant ardue à exécuter sur un seul instrument, notamment en ce qui concerne les pédales, Elsa Blanc et Vladik Polionov ont choisi de créer cette réécriture sur deux pianos distincts. La différence de timbre entre les instruments, un Yamaha et un Steinway, est parfois audible. Sur cette partition étonnamment dissonante pour Mahler, les deux instrumentistes font preuve d’une belle complicité ; la fin du mouvement, plus délicate, permet aux artistes d’insuffler une sensibilité lyrique à l’œuvre.

Vladik Polionov, un habitué du festival, fait entendre au public sept des 24 préludes de Chostakovitch, sept morceaux courts comme autant d’instantanés de la psyché du compositeur russe, entre peur de la répression et ironie du désespoir. La diversité des rythmes et des sensibilités entre deux pièces n’ébranle pas Vladik Polionov, qui fait montre d’une virtuosité versatile et d’une profonde empathie envers le compositeur : tantôt sombre et délicat, tantôt tendre et enjoué, d’un toucher sûr et feutré.

La mezzo soprano Aude Extremo se joint à la fête sur trois magnifiques Lieder de jeunesse de Mahler et sur Six poèmes de Marina Tsvetaeva de Chostakovitch, dédiés à la poétesse éponyme, à Pouchkine et à Anna Akhmatova. La voix chaude et ample emplit sans mal la petite salle Henri Tomasi du Conservatoire de Marseille, épousant la fantaisie des chants géorgiques de Mahler et la gravité sombre et accusatrice des poèmes de Chostakovitch. Les graves, généreux et profonds, brillent en particulier par leur aplomb et leur clarté.

En bis, Vladik Polionov et Aude Extremo donnent un avant-goût du concert du 15 octobre avec un extrait des Chants d’un Compagnon Errant, qui sera joué concomitamment à la Symphonie n°1 « Titan » du génie autrichien.

PAUL CANESSA

Le Festival Musiques Interdites s’est tenue du 8 au 18 octobre à Marseille et Aix-en-Provence

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