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Marseille, le Dream Port de Claude McKay

À l'occasion d’un don exceptionnel d’archives, la Bibliothèque de l'Alcazar a accueilli une semaine de rencontres autour de l’écrivain

C’était la fête à l’Alcazar. Le 22 février on clôturait avec le Banjo Mémory group uneincroyable semaine dédiée à McKay, aux sons du jazz qui habite Banjo, roman culte qui raconte le Marseille interlope des années 1920, celui du Port et du « quartier réservé ». Charlie-Camille Flores, directeur de l’Alcazar est ravi : « le succès a été immense. 1300 personnes ont participé à ces rencontres ».

Tout est parti de Richard Bradbury, professeur de littérature caribéenne à l’Université d’Exeter et de son souhait de remettre à l’Alcazar des archives en sa possession. Pourquoi Marseille ? Parce que c’est la ville au monde où McKay se sentait le mieux, témoigne l’universitaire.

Sous sa plume humaniste, le monde entier se croise dans les ruelles du Panier, grouillantes de misère humaine mais aussi de l’espoir d’un nouveau départ. Populaire, multiculturelle, la ville avait tout pour séduire l’écrivain jamaïcain, figure majeure de la Harlem Renaissance qui dénonça dans des textes comme Harlem Shadows et Home to Harlem le racisme et l’oppression des Noirs.

Séduit par l’idéal communiste, il voyage en URSS dans les années 1920. Sa vie intime est marquée par des attirances pour les deux sexes. Ces multiples visages font de lui l’une des figures les plus fascinantes de la littérature afro-américaine. Pour Bradbury la littérature de McKay, d’une précision remarquable, le place parmi les grands écrivains de la première moitié du 20e siècle. Et pourtant, une partie de sa biographie reste inédite. Pourquoi ? Un éditeur auprès de qui Bradbury avait cherché, sans succès, à faire publier Romance in Marseille, répond : « Il est trop noir, trop engagé politiquement, trop sexuellement différent, Il est trop tout. »

Romance in Marseille

Pour McKay, Marseille n’a pas été une évidence. C’est d’abord un choc. « J’ai essayé Marseille, mais c’est une ville répugnante. », écrit-il en 1923. Puis, le regard change : « Peut-être que j’aimerais écrire un roman sur Marseille. » Et finalement : « C’est le port le plus intéressant où j’ai débarqué. C’est à la fois repoussant et merveilleux. Marseille est vraiment l’endroit que je préfère au monde. C’est un port de rêve ».

En 1943, avec l’opération Sultan, les Allemands détruisent le décor de ses livres. Mais la mémoire de ce port fourmillant subsiste dans les pages de Banjo et de Romance in Marseille dans lequel McKay raconte l’histoire -un fait réel- de Lafala, docker ouest-africain qui s’embarque clandestinement sur un paquebot. Découvert par l’équipage, il est enfermé dans un local glacé et arrive aux États-Unis les pieds gelés, entraînant l’amputation de ses deux jambes.

La semaine a proposé un programme dense : conférences sur le quartier réservé (Martin Huc), la traduction (Françoise Bordarier), l’édition des inédits (Armando Coxe), la correspondance entre McKay et le poète malgache Rabearivelo (Claire Riffard, CNRS), ou encore les poètes contemporains qui s’en inspirent (Sylvain Pattieu, Estelle Sarah-Bulle). Le Collectif James Baldwin et la Banjo Society d’Aix-Marseille Université ont également pris la parole. Côté images, le documentaire Claude McKay, de Harlem à Marseille (Matthieu Verdeil, 2021) et le film Big Fella (1937), tourné à Marseille d’après Banjo, ont fait salle comble.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

La semaine s’est déroulée du 17 au 22 février à l’Alcazar
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