Extrêmes, les corps de Nathan Paulin, funambule,et Ann Raber, grimpeuse,le sont assurément. Dans leur volonté d’abolir les lois de la gravité. Dans la grâce millimétrée des gestes qui les séparent du vide. Dans les récits intimes qu’ils livrent en voix-off, mêlés aux sublimes images d’ascension et de traversée filmés par Jean-Camille Goimard. Ces témoignages qui disent la peur, la concentration, l’ivresse aussi : cette ligne ténue, suspendue, entre l’envol et la chute. « On a besoin de planer un peu au-dessus des choses pour les raconter », écrivait Olivia Rosenthal à propos de « ceux et celles qui prennent de la hauteur, alpinistes, trapézistes, cordistes et funambules », auxquel·les Une femme sur le fil s’intéressait avec une délicatesse rare.
Verticalité et collectif
Le mur d’escalade devient ici surface de projection, appui, partenaire silencieux des deux alpinistes et des danseurs et danseuses de la Compagnie de Chaillot. Les corps s’y adossent, s’y glissent, s’y accrochent, avant de se tourner les uns vers les autres. Les frôlements et les portés figés à trois, puis deux, se transforment peu à peu en élans, en sauts, en abandons à l’autre, à l’inconnu. Ils dessinent les contours d’un interprète nouveau, le danseur-acrobate, sillon creusé brillamment par Rachid Ouramdane depuis plusieurs années.
Le chorégraphe livre un travail fort et émouvant sur la suspension du mouvement, sur l’infime déplacement, sur l’équilibre fragile du corps mis à l’épreuve. Portée par la musique minimaliste et nébuleuse de Jean-Baptiste Julien et sculptée par les lumières entières de Stéphane Graillot, la pièce déploie un sens aigu du collectif. De cette immersion naît une douce mélancolie, celle de corps exposés, vulnérables et puissants à la fois.
SUZANNE CANESSA
Corps extrêmes a été joué les 17 et 18 décembre au Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence.
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