Les Théâtres ont investile Conservatoire Darius Milhaud à Aix un programme intitulé Bach Mirror conçu par deux artistes brillants, Thomas Encho est compositeur et pianiste classique et de jazz, et Vassilena Serafimova est une percussionniste spécialiste du marimba. Les deux talents se sont rencontrés en 2009 lors d’un concert, et continuent de collaborer depuis. Tissant un fil qui relie les siècles musicaux, le duo a sorti son premier album, Funambules, en 2016avec des compositions et des reprises de Mozart et de Saint-Saëns. En 2021, ils sortaient Bach Mirror – un album inédit dans sa conception puisque les deux instruments n’existaient pas sous cette forme à l’époque de Bach.
C’est ainsi de par l’utilisation de ces « nouveaux instruments » que le duo apporte une touche nouvelle, moderne et légère, à ces mélodies de Bach que l’on a déjà tous dans l’oreille. Le pianiste dira d’ailleurs au public que « cela devrait plutôt être miroirs au pluriel ». Ils enchaînent Fire Dance, une composition où le marimba joue en boucle dans l’aigu, une sonorité presque électronique des années 80, ensuite repris par le pianiste de manière bluesy, et où paraissent des citations de la pièce d’après : Jesus, Joy of Man’s desiring.
Par la suite, le célèbre Chaconne se fait emporter en improvisation jazz par le pianiste, qui brode autour de la mélodie originelle dans un passage rythmé ajoutant de nouvelles couleurs à la sonate.
Couleurs, scotch et patafix®
Les pièces qui suivent démontrent d’autant plus la part de créativité des deux musiciens dans leur interprétation de ce répertoire. D’abord par leur manière de revisiter la fameuse Suite pour violoncelle seul, intitulée Silence, où la percussionniste fait rentrer le public en méditation par une longue introduction d’accords nébuleux, improvisées et planants. Le piano rentre progressivement déployant une mélodie douce et posée qui emprunte aux couleurs de la suite sans pour autant la reproduire. La pièce se ressent presque comme une ode au silence, à l’espace, à la respiration et au repos.
Le duo fait alors un 180 vers un « chaos organisé » et – chose surprenante – ils modifient leurs instruments en rajoutant du scotch sur les touches du marimba et de la patafix sur les cordes graves du piano pour transformer le son, mais sans modifier la partition. Le marimba a alors un son très métallique, sec et aigu, et le piano, lui, produit un son étouffé, comme une basse électrique. Expérimental, n’est-ce pas ? Mais le tour est joué face au public conquis devant cet élan créatif et moderne.
LAVINIA SCOTT
Concert donné le 5 février au Conservatoire Darius Milhaud, Aix-en-Provence
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