Luca (Maja Bons), Pourrait être une adolescente comme les autres. Mais elle a 4, 3 millions de followers. Fille unique, elle vit dans une luxueuse maison, acquise grâce au travail acharné de ses parents… influenceurs ! C’est en partie grâce à elle qu’ils sont devenus riches : depuis sa naissance, tout est mis en scène et filmé, même les moments les plus intimes. On commente, on conseille, on recommande ce qu’il faut acheter, consommer, pratiquer pour ressembler à cette « babystar », pour réussir comme cette famille « idéale » . En permanence on prépare le prochain podcast. « Mes parents sont les plus importants pour moi, » précise Luca…Tout brille, tout scintille. La lumière expose les visages, les corps, les couvrant d’un vernis qui commence à se craqueler le jour où sa mère (Bea Brocks) et son père (Liliom Lewald) tout excités, lui annoncent qu’ils envisagent d’avoir un deuxième enfant. Elle ne sera plus unique ! Très dure sera la chute ! Luca commence à réaliser qu’elle a été utilisée, depuis sa naissance, comme un « instrument », une machine à faire de l’argent. Une séquence au bord de la piscine, terrible. Luca feint de se noyer et les parents, nonchalamment allongés sur leur transat, discutant du futur podcast, ne réagissent pas. Il faudra que Luca jette à l’eau un livre de son père pour qu’il plonge et le récupère ! .Lorsque ses parents créent un modèle d’IA à son image, elle prend conscience, à la manière du Truman Show, à quel point elle est surveillée. Quand sa mère est enceinte, une fille, Luca réalise que sa sœur sera elle aussi exposée, utilisée, une machine à rêves pour les autre, une machine à fric pour ses parents. Rien ne sera plus pareil !
Vous l’aurez compris le premier long métrage de Joscha Bongard, Babystar, n’est pas un film confortable malgré ces images, lisses et brillantes. Sous ses couleurs séduisantes, ses cadres soignés, son éclat presque pop, le film met en scène quelque chose de très trouble : la fabrication des êtres par le regard des autres. Le directeur de la photographie,, Jakob Sinsel avec qui .le réalisateur avait déjà travaillé pour son documentaire Pornfluencer .et ses courts métrages, a su par ses choix, dont le fish-eye traduire le malaise qui s’installe. Le compositeur Jonas Vogler a opté pour la voix humaine comme élément central de la bande son. Choix particulièrement intéressant ! Tout au long du film Luca cherche sa propre voix et la musique l’accompagne dans cette quête douloureuse.
La violence n’est pas toujours brutale. Elle peut être pastel, glamour, photogénique. Elle peut sourire à la caméra.et c’est ce paradoxe qui fait qu’on sort Babystar avec un sentiment de malaise même si on est conscient du danger des réseaux sociaux « Les réseaux sociaux sont le reflet de notre système capitaliste, et il faut qu’on en parle (…) Je pense que ce film s’adresse à tout le monde et qu’il est peut-être même plus intéressant pour des personnes qui ne sont pas beaucoup en ligne ou qui s’intéressent aux réseaux sociaux sans y être vraiment présentes. »précise Joscha Bongard qui espère ainsi alerter sur l’usage excessif des téléphones et des plateformes. » Espérons –le !
Annie Gava




