vendredi 3 avril 2026
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[MUSIC & CINEMA] Don’t let the sun

Avec Don’t Let the Sun, la documentariste Jacqueline Zünd signe une dystopie sensible, où la chaleur du monde révèle surtout le froid des liens humains.

Un lever de soleil. Il est 18h 55 et la température est de 49 degrés. Une ville se couche. Rues désertes, dans une lumière blanche. Une voix appelle la population à rester enfermée dès que le soleil se lève. Don’t let the sun…C’est ainsi que commence le premier film de fiction de Jacqueline Zünd, sélectionnée à Locarno en section Cinéastes du présent. Un film qui nous donne à voir un monde menacé par un désastre écologique imminent,  un désastre qui est peut être déjà arrivé. La chaleur a déplacé les rythmes, transformé les villes, réduit les gestes à leur stricte nécessité. On vit la nuit, on attend, on s’économise et dans les appartements, l’air semble manquer. La catastrophe n’est pas seulement météorologique ; elle est relationnelle. À mesure que la température monte, quelque chose se retire des rapports humains. Cleo (Agnese Claisse) qui vit seule avec sa fille, Nika (Maria Pia Pepe), 9 ans, s’adresse à une agence de location de personnes pour jouer le rôle de gens absents, combler une solitude. C’est Jonah (excellent Levan Gelbakhiani) qui lui est proposé pour servir de père à Nika. Les premières rencontres ne se passent pas très bien malgré les efforts de Jonah ; il lui achète un skate, l’emmène à la fête foraine, au musée des animaux à présent disparus… « Je n’ai pas besoin d’un père ! » répète Nika. C’est dans un labyrinthe des glaces que la glace va se briser entre eux…et donner un peu d’espoir.

Peu de dialogues dans ce film où le silence est un outil narratif essentiel .La musique du compositeur Marcel Vaid  accentue la chaleur qui pèse sur la ville blanche, sur les rues vides dont le  directeur de la photo Nikolai von Graevenitz a réussi à faire ressentir la poussière et le poids  accablant. Mention spéciale pour le choix des décors, en particulier pour l’immeuble et la cage d’escalier, superbes, d’un architecte milanais. Les plans récurrents de la ville vue de haut, des séances d’entrainement d’un sport de combat où les corps se rapprochent puis se repoussent, très symboliques, les appels journaliers à se confiner dés le lever du soleil,  enferment le spectateur dans ce monde dystopique : quand tout devient invivable, ce n’est pas seulement la lumière qui manque, c’est la possibilité de se tenir encore les uns auprès des autres.

Un film très maitrisé qui préfère l’atmosphère au récit, la sensation au discours mais qui peut refroidir certains…. malgré la chaleur

Annie Gava

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