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Pascal Privet nous invite au pays des rennes

Le documentariste suit un couple de cinéastes venus du Grand Nord. Un film fait de joie, et de générosité

En février 2010, Pascal Privet, fondateur des Rencontres cinématographiques de Manosque, hélas disparues en 2017, avait invité Anastasia Lapsui et Markku Lehmuskalio à présenter leurs films. Voyageur, ethnographe et réalisateur, il les suit dans le Grand Nord, les filme au travail. Aujourd’hui, c’est le portrait de ces deux cinéastes qu’il aime et admire qu’il nous propose : un voyage En Compagnie d’Anastasia et Markku, cinéastes du Grand Nord.

Le grand et robuste finlandais Markku a rencontré la petite et souriante nénètse, Anastasia, lors du tournage de Tel un renne le long de la voute céleste (1993) et ils ne sont plus quittés. Partageant leur vie entre la Finlande et la péninsule de Yamal où ils vont filmer ses peuplades nomades. Car cette première cinéaste issue du peuple nénetse se sent responsable devant les 35 000 personnes qui le composent. Quelle joie pour elle quand elle revient dans le village après 20 ans, 15 films dont 12 documentaires ! Quand elle montre Pudana, Neko, dernière de la lignée (2010), consacré à la scolarisation forcée des enfants autochtones et que son ancienne maitresse chante pour elle. Quand avec Markku, ils reviennent sur les lieux de leur tournage de Sept chants de la toundra (2000)constatant que le village a peu changé. Quand ils retrouvent les températures de -50°c, partent sur les traineaux « au cul des rennes », parlant le « langage de l’amour » un mélange de finnois, de russe, de nénetse et d’anglais, le langage des yeux et du corps.

Au cœur chaud

Pascal Privet les suit aussi en Finlande. Il filme Markku dans les bois. Cet homme que l’esprit de la terre anime se promène dans les forêts, rame sur les lacs, sculpte le bois, n’hésitant pas à commenter ses « raccommodages » dans la sculpture, métaphore de la condition humaine. On le voit aussi dans sa salle de montage, au milieu des boites de films dont La Danse du corbeau (1980) tourné en Finlande chez les Samis, manipulant avec soin la pellicule. Ses yeux pétillent quand il sort d’un coffret une statuette, celle qu’on voit dans son film, La Nourrice bleue (1985). Même joie quand il nous montre le tambour en mélèze et peau de renne, le même que celui du grand père d’Anastasia, un grand Chaman blanc. Anastasia, née dans un tchoum, nous fait découvrir « sa pièce » dans leur appartement à Helsinki. Les « objets chers à son cœur » dont une sculpture en bois faite par Markku, devenue l’âme de leur maison, évoquant les croyances des Nenetses, « enfants chéris des dieux » dont elle a parlé dans Le Voyage Perpétuel (2007).

Pascal Privet nous permet à travers En Compagnie d’Anastasia et Markku, cinéastes du grand nord, un film généreux et habilement monté, de connaitre un peu mieux les Nenetses et ces deux cinéastes du froid, au cœur chaud. On ne peut que regretter qu’il ne soit distribué que par son réalisateur.

ANNIE GAVA

Le film a été projeté au Cinéma Le Bouguet de Forcalquier le 25 janvier et a été présenté au Festival d’Alès 2023.

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