mardi 20 février 2024
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Damnée sur la colline

Le texte est fort, comme une gifle qui ébranle le corps entier et le déstabilise. La jeune femme écrit à sa fille comme elle aimerait pouvoir lui parler quand elle aura grandi. Tombée très jeune dans le crack, sur la colline où tous les drogués se rassemblent et où les filles, jeunes, se retrouvent facilement enceintes, la narratrice évoque à la fois son passé et son improbable futur. Sara Mychkine, jeune poète franco-tunisienne, a commencé très tôt à écrire une poésie engagée, féministe, qui prend en charge les délaissés, les paumés de toutes origines. Dans ce premier roman poétique en vers libres et petits paragraphes qui sont appelés « mouvements », comme des parties de musique, l’autrice trouve les mots forts qui marquent la détresse et la misère.

Honte et solitude

Peu à peu sont évoqués le viol subi de la part de son père, les pleurs et la vulnérabilité désespérée de sa mère de sa mère, les rencontres malsaines et les déserrances. Cette solitude criante saisit celles et ceux qui rentrent en contact avec ce texte qui ne nous épargne ni la faim, ni la saleté, ni les enfances sacrifiées. L’autrice analyse aussi avec finesse le sentiment de honte : honte de ne pas savoir résister au crack, de ne pas savoir aimer. Constat désespérant d’impuissance. Mais perce néanmoins l’espoir que cette fille aimée vengera les générations passées qui ont souffert du colonialisme : « Si tu vis, nous aurons vengeance dans chacun de tes pas. » Cette lettre écrite pour que son enfant la lise un jour s’achève dans un grand cri d’amour.

CHRIS BOURGUE

De minuit à minuit de Sara Mychkine
Le bruit du monde - 16 €
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