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Poutine perd la vedette

Vedette(s) transforme la Russie LGBT-phobe de Poutine en un pétillant conte queer parfois longuet

Dans ce théâtre de « province », la programmation de la pièce Putin ou le Prince travesti fait figure d’événement. Non seulement parce qu’accueillir une compagnie parisienne renommée garantit un succès public. Mais aussi parce que le sujet abordé, la persécution des personnes LGBT+ en Russie, permet de mettre un coup de projecteur sur une salle à l’avenir incertain. Bien évidemment, rien ne se passera comme prévu, la neige ayant bloqué tous·tes les comédien·ne·s sur le trajet. Sauf un·e : l’acteur principal, Gabriel, diva drama queen, qui va mettre toute son énergie et sa passion pour la scène, à former en une journée cinq habitant·e·s de la commune afin d’éviter l’annulation de la représentation.
Co-écrit par Jérôme Nunes et Geoffrey Coppini, et mis en scène par ce dernier, Vedette(s) est lui aussi un spectacle qui réunit amateurs et professionnels. Trois d’un côté et cinq de l’autre. Réussir à évoquer l’homophobie d’État du régime russe, la répression policière à l’égard des gays, les camps pour homosexuels en Tchétchénie… dans un registre de comédie rocambolesque n’était pas gagné d’avance.

Satirico-queer
Portant le spectacle à bout de bras, Frédéric Schulz-Richard virevolte de Gabriel au prince Putin travesti en Miss Putinka, passant de l’extravagance à la froide dénonciation du totalitarisme, iel-même exerçant une forme d’autoritarisme sur le reste de la troupe. En en faisant évidemment trop – chaque rôle contient sa dose de caricature – mais juste ce qu’il faut. Incarnant un régisseur tacite et sensible, Samir El Karoui est celui qui dévoile avec le plus de subtilité la complexité de son personnage, ce qui ne demande qu’à sortir de son enfouissement. Les cinq comédien·ne·s non professionnel·le·s, recrutés après un travail en atelier, n’ont pas à rougir de leur potentiel comique. La plupart du temps dynamique et percutant, Vedette(s) a malheureusement aussi tendance à s’enliser régulièrement dans des longueurs verbales et de mise en scène inutiles. Dommage car le parti pris de tourner en ridicule une réalité grave par la mise en abîme satirico-queer avait tout pour convaincre.

LUDOVIC TOMAS

Vedette(s) a été joué du 18 au 22 octobre au théâtre Joliette, Marseille.
À venir
15 et 16 novembre
Théâtre Antoine Vitez, Aix-en-Provence
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