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Prévert en mouvement

Émilie Lalande fait entrer Le Roi et l’Oiseau dans la danse. Une création jeune public à la profondeur épique

Faire vivre sur scène l’imaginaire plastique et féérique du Roi et l’Oiseau relève du défi. Émilie Lalande y parvient pourtant sans peine avec une pièce chorégraphique vive et inventive, qui fait circuler l’esprit de Jacques Prévert entre poésie, satire et jeu théâtral. Ancienne danseuse du Ballet Preljocaj, la chorégraphe garde de cet héritage le goût des lignes nettes et d’une gestuelle très lisible.

Dès l’ouverture, Marius Delcourt impose un Oiseau d’une présence saisissante. Robuste, franc, presque terrien, il apparaît d’abord en cinéaste avant de déployer toute la vitalité du personnage : protecteur, moqueur, libre. Face à lui, Baptiste Martinez compose un roi délicieusement retors. Tout en douceur apparente, gestes précis, sourire trompeur : la tyrannie se glisse ici dans la subtilité.

Une fable qui circule

Autour d’eux, les danseurs font vivre une écriture fluide et très narrative. La Bergère d’Angélique Spiliopoulos et le Ramoneur de Laurent Le Gall forment un couple lumineux, porté par des pas de deux élégants et techniquement très sûrs. On reconnaît dans cette danse la précision et l’énergie théâtrale de l’univers d’Angelin Preljocaj, dont Émilie Lalande fut une interprète aguerrie, et qui a également accueilli plusieurs danseurs de la distribution.

La musique de Wojciech Kilar, ample et sombre – certaines pages sont également les partitions qu’il écrivit pour le cinéma, notamment Dracula – donne à la pièce une profondeur presque épique.

La dimension visuelle participe pleinement à la magie. Décors et costumes, auxquels contribue Émilie Lalande, jouent des métamorphoses : une couronne dorée devient soudain bec d’oiseau avant de redevenir emblème royal. Le pouvoir et la liberté semblent alors deux faces d’une même pièce.

Dans la salle, les enfants vivent la fable intensément : ils frémissent devant le roi, s’émeuvent pour les amants, se lèvent parfois pour danser. Preuve que la poésie de Prévert circule toujours – et que la danse sait encore la faire vibrer.

SUZANNE CANESSA

Le spectacle a été présenté au Théâtre d’Arles le 10 mars puis au Grand Théâtre de Provence (Aix) les 13 et 14 mars.

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Suzanne Canessa
Suzanne Canessa
Docteure en littérature comparée, passionnée de langues, Suzanne a consacré sa thèse de doctorat à Jean-Sébastien Bach. Elle enseigne le français, la littérature et l’histoire de l’Opéra à l’Institute for American Universities et à Sciences Po Aix. Collaboratrice régulière du journal Zébuline, elle publie dans les rubriques Musiques, Livres, Cinéma, Spectacle vivant et Arts Visuels.
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