Toute la journée du 28 janvier, se tenait au Mucem Changer le monde ?, un colloque en lien avec l’exposition Don Quichotte – Histoire de fou, histoire d’en rire (à voir jusqu’au 30 mars). Un temps était dédié, durant l’après-midi, à la question des droits d’auteur, dont la journée mondiale est fixée le 23 avril, en hommage à Miguel de Cervantes et William Shakespeare. Des champions de la littérature, qui ne se sont pas privés d’utiliser des matériaux plus anciens, et dont l’œuvre a été à son tour mainte fois adaptée, détournée, plagiée.
Une appropriation populaire massive de leur capacité créative qui, selon l’historien du livre Roger Chartier, en visio depuis les États-Unis, est au cœur d’une tension fondamentale, entre bien public et propriété intellectuelle. Tension que la législation s’est attachée, sinon à dénouer, du moins à réguler, depuis la Révolution française.
Inspiration ou plagIA ?
Comme le précisait Marie-Anne Ferry Fall (directrice de la Société des Auteurs dans les Arts Graphiques et Plastiques), les idées sont « de libre parcours ». Contrairement au droit moral qui protège les intérêts non économiques de l’auteur, et aux droits patrimoniaux qui permettent à leur titulaire de percevoir une rémunération pour l’exploitation de ses œuvres par des tiers. En clair, si le sculpteur Christo peut gagner un procès contre un éditeur de cartes postales, pour avoir utilisé des vues de son Pont Neuf emballé, il ne peut pas s’opposer à un publiciste qui emballe des arbres « à la manière de » Christo.
Mais aujourd’hui le droit, soigneusement élaboré par des décennies de jurisprudences, est ébranlé. L’IA générative « met à mal la protection des auteurs. Avec un simple prompt, elle opère une concurrence déloyale : n’importe qui peut créer n’importe quoi “à la manière de” ».
Pour Roger Chartier, il s’agit d’un changement de paradigme, une discontinuité radicale dans l’histoire. « Cela supprime les trois piliers du droit d’auteur : la notion de propriété (des non-humains s’emparent de la production humaine), l’originalité, et l’individualité (liées à l’expression singulière des artistes) ». L’historien y perçoit un danger conceptuel, voire existentiel, rejoint là-dessus par Marie-Anne Ferry Fall. Les deux, au delà du pillage des œuvres, se sont montrés inquiets du coût écologique de l’IA, et des conséquences que son usage peut avoir sur la santé mentale.
GAËLLE CLOAREC
Rencontre organisée le 28 janvier au Mucem, Marseille.
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