mardi 20 février 2024
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Sous le béton, le bac

Dans Ma part de Gaulois, Malik Chibane dessine avec humour et tendresse le combat d’une mère immigrée pour la réussite de son fils

« Vous avez envoyé mon fils à l’abattoir ! » L’abattoir, c’est une classe de CAP mécanique générale d’un lycée professionnel où a été orienté Mourad Cherkaoui, d’origine algérienne, qui habite dans une banlieue de Toulouse des années 1970. Quand son ami et voisin se fait couper un doigt dans l’atelier, Madame Cherkaoui va multiplier les démarches et se procurer un faux certificat médical pour que son fils obtienne une deuxième chance : un redoublement pour accéder à une 4e générale. Le but final est qu’il obtienne le baccalauréat, une première dans ce quartier où vivent surtout des familles d’origine étrangère. Pour Mourad, plus question de trainer avec ses copains en bas des blocs d’immeubles : il doit travailler, sous la pression constante de sa  mère qui mise tout sur lui.

À bon port

Les efforts et les encouragements de son professeur de français, Mme Vasseur (Emmanuelle Kalfon) sont payants et il est admis en seconde générale dans un « bon lycée » où les fils d’immigrés sont très rares. Mais la chute est dure pour ce bon élève à 17/20 de moyenne. « La plus mauvaise copie en français : Mourad Cherkaoui avec -7 » pointe devant la classe son   professeur. Découragé, Mourad ne rentre pas chez lui et rejoint ses copains qui trainent jusqu’à ce que sa mère vienne le récupérer. Cette mère qui a pour seul but la réussite de son fils, lui fait donner des cours par un étudiant, vend ses bijoux quand l’argent manque, tient tête à son mari (Lyes Salem) avec qui elle se dispute souvent : « C’est moi le capitaine dans la tempête, et le port c’est le bac de Mourad ! » On y est presque, au port, quand Mourad passe en terminale avec 17 points d’avance. Mais il n’y a pas que le bac dans la vie… Mourad a rejoint un petit groupe de musiciens pour qui il compose et chante, enflammant la foule de jeunes lors d’un tremplin rock. Quand la mère vient casser la fête, Mourad se révolte : « J’ai envie d’avoir une jeunesse ! Le bac c’est fini pour moi ! »

Ma Part de gaulois de Malik Chibane est librement adapté d’un roman de Magyd Cherfi, un des fondateurs du groupe Zebda. Rien de bien original dans le scenario qui aborde des problèmes des années Giscard qui sont loin d’être réglés aujourd’hui : ségrégation sociale, ghettos scolaires, plafond de verre. Mais des séquences cocasses comme la fête organisée par la mère pour… le passage en 4e, ou inattendues comme le désespoir du père au moment de l’élection de Mitterrand « qui a envoyé les paras à Alger. »

Malik Chibane nous offre surtout ici un très beau portrait de femme, déterminée, généreuse, courageuse, magistralement interprétée par Adila Bendimerad qu’on a vue récemment dans La Dernière reine de Damien Ounouri. Quant à Abdallah Charki qui a fait ses armes au sein de l’école Kourtrajmé, fondée par le réalisateur Ladj Ly, il incarne avec talent ce jeune garçon partagé entre la peur de décevoir sa mère et son envie de vivre et d’écrire.

ANNIE GAVA

Ma part de Gaulois, de Malik Chibane
En salles le 31 janvier
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