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Sur le ring de Tokyo

Dans La Beauté du geste, Sho Miyake suit le quotidien d’une boxeuse handicapée, qui partage son temps entre ménages et combats sur le ring

« Toute ressemblance avec des faits et des personnages existants ou ayant existé ne saurait être que fortuite » : La Beauté du geste de Sho Miyake, bien que son scénario soit tiré de l’autobiographie de la boxeuse Keiko Ogasawara, se donne au générique comme une fiction. Et, quoique se déroulant en grande partie dans le huis clos d’un club, le film ne se revendiquera pas non plus comme un film sur la boxe. Pas d’héroïsation hollywoodienne. Pas de punch final avec sang et larmes. Le sujet en est à la fois plus particulier et plus universel. Le récit d’un parcours personnel, d’un apprentissage, d’un choix et de la perte qui s’y associe.

Keiko, magistralement interprétée par Yukino Kishii, souffre d’une perte auditive neuro sensorielle. Elle vit dans les faubourgs de Tokyo. Et, même si elle ne peut entendre ni le gong, ni l’arbitre, ni les conseils de ses coaches, elle vient d’obtenir le statut de boxeuse professionnelle. Soutenue par le directeur de son club, interprété par Tomokazu Miura, en dépit du machisme latent des adhérents, des réticences de sa mère, la jeune femme isolée par son handicap, s’entraîne avec acharnement après sa journée de femme de ménage dans un hôtel de luxe. Mais après le dernier combat, le désir de se battre n’est plus là. Le sens de cette lutte devient flou. Le directeur vieillissant est malade. Le club perd ses membres et va fermer. La pandémie a masqué les visages rendant difficiles les communications pour ceux qui lisent sur les lèvres.

Dans le mouvement

Sur le fond urbain tokyoïte où pulse un flux routier et ferroviaire incessant, dans l’alternance des jours et des nuits, avec un subtil sens du cadre, le réalisateur filme la routine de Seiko dans son espace familier et restreint : nombre de kilomètres courus, d’enchaînements sur le ring, durée des diverses activités, le tout scrupuleusement consigné dans le journal intime de la jeune sportive. Les cordes des appareils de musculation grincent, les pieds martèlent le sol, les poings s’écrasent sur le cuir des punching-ball, les coaches crient leurs consignes, les athlètes ahanent, la rumeur de la ville enfle : toute cette bruyante partition vient mourir sur la surdité de la silencieuse protagoniste, l’isole, la surligne. Dans la tension du tournage en 16 mm, La Beauté du geste, retrouve la force visuelle du cinéma muet, dont il s’inspire et l’esprit camusien du Mythe de Sisyphe. Le « geste » du titre, serait-il celui si joliment chorégraphié de la boxeuse ? Celui plus abstrait de son renoncement à la gloire du combat ? Ou ne serait-il pas plutôt celui purement cinématographique qui capte avec précision, le mouvement des corps et des âmes ?

ÉLISE PADOVANI

La beauté du geste, de Sho Miyake
En salles le 30 août
Film sélectionné à la Berlinale 2022, section Encounters.
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