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	<title>Archives des Maryse Condé - Journal Zebuline</title>
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		<title>Mort de Maryse Condé : Retour sur une vie sans fard</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Suzanne Canessa]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 04 Apr 2024 15:13:11 +0000</pubDate>
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<p>Maryse Condé s’est éteinte dans la nuit du 1<sup>er</sup> au 2 avril. Et c’est tout le monde des lettres françaises et francophones qui se sent aujourd’hui orphelin. Âgée de 90 ans et affectée par un accident cérébral, elle s’était installée avec son mari et traducteur Richard Philcox dans le Lubéron depuis plusieurs années. Son affaiblissement physique n’avait jamais entamé son désir d’écrire, si bien qu’elle avait dicté ses derniers textes. On se souviendra longtemps des deux journées consacrées à son œuvre organisées en novembre 2022 au Mucem.</p>



<p>À la croisée des continents</p>



<p>Née à Pointe-à-Pitre dans une famille d’instituteurs, Maryse Condé dénoncera non sans tendresse son éducation «&nbsp;à l’occidentale&nbsp;» dans son roman autobiographique <em>Le Cœur à rire et à pleurer </em>: sa mère, Jeanne Quidal, première institutrice noire de la Guadeloupe, s’y enorgueillit d’être «&nbsp;plus français[e]&nbsp;» que les français eux-mêmes&nbsp;: « Nous sommes plus instruits. Nous avons de meilleures manières. Nous lisons davantage. Certains d’entre eux n’ont jamais quitté Paris alors que nous connaissons le Mont Saint-Michel, la Côte d’Azur et la Côte basque&nbsp;». Elle y raconte aussi ce père «&nbsp;convaincu que seule la culture occidentale vaut la peine d’exister&nbsp;». Ses études menées à Paris au mi-temps des années 1950 et ses premiers écrits gardés secrets, marqués par un désir de créolité, la mettent devant l’évidence&nbsp;: elle est attendue ailleurs. En Afrique, où elle découvrira la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Ghana&nbsp;au gré de postes d’enseignante ; à Londres, puis au Sénégal. Douze années de découvertes mais aussi de souffrance aboutissant à sa rencontre avec Richard Philcox, narrées dans le très beau <em>La vie sans fards&nbsp;: </em>«&nbsp;Il était celui qui allait changer ma vie. Il allait me ramener en Europe puis en Guadeloupe. Nous découvririons l’Amérique ensemble. Il m’aiderait à me séparer en douceur de mes enfants le temps de reprendre mes études. Surtout, grâce à lui, je commencerais ma carrière d’écrivain&nbsp;».</p>



<p>De retour en France, au tournant des années 1970, elle travaillera longtemps pour les éditions Présence Africaine, et effectuera de nombreux retours en Guadeloupe, ou encore aux Etats-Unis où elle mènera, en parallèle, une carrière universitaire, puisqu’elle dirigera jusqu’à sa retraite le centre d’études française de Columbia.&nbsp;</p>



<p>Des honneurs tardifs</p>



<p>Certes tardifs, les honneurs décernés à Maryse Condé en France et en Europe, loin de l’Amérique qui avait déjà reconnu ses talents et où elle fit paraître plusieurs essais, furent nombreux. Elle fut, entre autres, couronnée du «&nbsp;Prix Nobel Alternatif&nbsp;» décerné en 2018, année de l’annulation des Nobel pour cause de scandale #metoo. L’autrice laisse derrière elle une œuvre abondante, politique, portée par une langue unique, lyrique et musicale. Marquée d’accents, de mots et de structures créoles, qu’elle prit parfois le pari de ne pas traduire pour mieux désarçonner ses lecteurs et lectrices. On évoque souvent, à son sujet, la saga <em>Ségou</em> publiée en 1984 et 1985, mêlant fiction et grande histoire du régime bambara&nbsp;; ou encore <em>Moi, Tituba … sorcière noire de Salem</em>, biographie fictionnalisée de l’esclave d’un pasteur puritain. Mais c’est peut-être <em>La Migration des cœurs </em>qui résume le mieux l’ambition romanesque de cette autrice unique&nbsp;: une transposition hallucinée des <em>Hauts de Hurlevent </em>dans les Caraïbes du début du XXème siècle. Heathcliff y devient Razyé, jeune orphelin adopté par une famille béké. La langue y est étincelante et imagée, comme ce&nbsp; «&nbsp;silence pesant comme un linge mouillé&nbsp;», ces «&nbsp;ventres à crédit&nbsp;», ou encore ce soleil qu’on regarde «&nbsp;se lever et se coucher derrière les dents de scie de la montagne, et se lever encore&nbsp;». Vivace et vibrante, à l’image d’une autrice dont il nous faudra chérir l’infatigable appétit de vivre.</p>



<p>SUZANNE CANESSA</p>
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		<title>Maryse Condé superstar</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Suzanne Canessa]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 08 Dec 2022 10:05:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Idées et rencontres]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Conçue avec la complicité du Comité Mam Ega, de la Collective, de l’association Mamanthé et du festival Kadans Caraïbe, la carte blanche accordée à Maryse Condé a convoqué nombre d’artistes, d’auteurs et d’autrices proches de l’écrivaine. Pour un résultat honorant les différentes facettes d’une œuvre riche et complexe, ses influences, références mais aussi ses héritiers [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>Conçue avec la complicité du Comité Mam Ega, de la Collective, de l’association Mamanthé et du festival Kadans Caraïbe, la carte blanche accordée à Maryse Condé a convoqué nombre d’artistes, d’auteurs et d’autrices proches de l’écrivaine. Pour un résultat honorant les différentes facettes d’une œuvre riche et complexe, ses influences, références mais aussi ses héritiers de tous bords.&nbsp;</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Prima la musica&nbsp;!</mark></strong><br>Sans surprise pour cette programmatrice de deux jours et sa complice de toujours, <strong>Christiane Taubira</strong>, la musique tenait une place primordiale dans cette célébration d’amitiés. La <em>Célébration du Gwoka&nbsp;</em>donnée en conclusion par la <strong>Compagnie Boukousou</strong> fit ainsi danser des corps déjà réchauffés par les chants haïtiens entonnés avec tendresse et malice par <strong>Mariann Mathéus</strong>. L’hommage, entre lectures, slam, rap et envolées free jazz de l’impressionnant <strong>Blade AliMbay </strong>et de son complice <strong>Nicolas Baudino</strong>, fut également un moment rare. Mais c’est peut-être au son de la voix lyrique, ample et colorature de la soprano guadeloupéenne <strong>Leïla Brédent </strong>que les deux amies Maryse et Christiane semblèrent les plus sensibles. Et pour cause&nbsp;: les morceaux de bravoure se sont enchaînés avec puissance et musicalité, du vertigineux air de la folie de <em>Lucia di Lammermoor </em>aux clochettes de <em>Lakmé</em>. Pour se conclure, en bis, sur un air emprunté au Chevalier de Saint-George. Sur l’adaptation touchant à la perfection de <em>Desirada</em>, l’interprétation au cordeau de <strong>Nathaly Coualy</strong> put compter sur le Chapman Stick enchanteur de <strong>David Blamèble</strong>, prompt à accompagner avec un sens de l’à-propos et une subtilité précieuses ce récit âpre de femmes et de violence. Il fallut également sortir les mouchoirs une fois la brève apparition sur scène de <strong>Laurent Voulzy </strong>terminée&nbsp;: ce <em>Belle-Île-en-Mer, Marie Galante </em>entonné par le chanteur orphelin depuis quelques mois avait de quoi secouer l’auditoire. Sur le refrain – «&nbsp;<em>séparé petit comme vous, je connais ce sentiment de solitude et d’isolement&nbsp;» </em>–l’autrice jusque-là un peu absente eut bien du mal à retenir ses larmes. Le choix de cette balade souvent qualifiée à tort d’exotique, alors qu’elle ne raconte rien d’autre que l’exil, se révéla particulièrement bien pensé.</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Fiertés</mark></strong><br>Ils seront tous nombreux à réaffirmer quel modèle l’autrice guadeloupéenne a pu incarner pour eux. Titulaire, entre autres, du Booker Price, celle-ci s’est également vu décerner en 2018 un prix Nobel «&nbsp;alternatif&nbsp;». Celui tenu, malgré l’annulation du prix pour des raisons judiciaires, par un jury ayant à cœur d’honorer la plus illustre écrivaine francophone. Ce désir de rendre justice à une écrivaine encore trop méconnue était également au cœur de cette carte blanche. Envisagées suite à la participation de Maryse Condé à l’édition 2019 <em>d’Oh Les Beaux Jours&nbsp;!</em>, ces deux journées semblaient mues par l’urgence. Celle, notamment, de faire connaître ses textes et leurs thématiques trop rares aux plus jeunes. Ce fut le cas <em>Moi, Tituba sorcière,</em>&nbsp;récit de la vie réelle d’une esclave condamnée pour sorcellerie, interprété par des élèves du collège Henri Wallon. Mené sous la direction du musicien&nbsp;<strong>Awa Isoa</strong> et de la comédienne <strong>Léa Jean-Théodore</strong>, le projet, pensé comme un «&nbsp;acte mémoriel&nbsp;» par le Comité Mam Ega, a ouvert la journée du 25 novembre.</p>



<p>Avant que la soirée finale du 26 novembre ne vienne confronter nombre d’auteurs et d’autrices à leur aînés, plusieurs comédiens et musiciens se succèdent pour donner vie à son œuvre et ses références. Tant et si bien que la table ronde attendue de pied ferme par un public nombreux s’est avérée la moins apte à en faire entendre toute la richesse. La faute à un agencement poussant les intervenantes à égrener les anecdotes plutôt qu’à rentrer dans les textes&nbsp;et le vif du sujet ? Ou par le choix questionnable de faire lire les questions de Maryse Condé par <strong>Eva Doumbia</strong>, et de contraindre les invitées à lui répondre à la troisième personne, comme si l’autrice certes diminuée ne pouvait les entendre&nbsp;? Contrainte par le dispositif à prendre faits et voix pour l’autrice, Eva Doumbia sortira cependant de ce rôle bien difficile à tenir pour saluer l’« <em>immensité</em>&nbsp;» de l’œuvre, l’«&nbsp;<em>incroyable précision historique</em> » de la saga <em>Ségou. </em>Même son de cloche chez la romancière et dramaturge <strong>Gäel Octavia</strong> saluant cette «&nbsp;<em>véritable cathédrale</em>&nbsp;» happant son lecteur «&nbsp;<em>avec le même pouvoir d’addiction qu’une série Netflix</em>.&nbsp;» <strong>Laurent Gaudé</strong>, moins prompt à l’épanchement, saluera cependant la «&nbsp;<em>choralité</em>&nbsp;» et l’«&nbsp;<em>oralité </em>» poussées par l’autrice au paroxysme&nbsp;: «&nbsp;<em>les personnages arrivent et se disent. C’est inédit et bouleversant.&nbsp;»</em> Le texte se fera enfin entendre dans toute sa splendeur à travers la voix de son mari et traducteur <strong>Richard Wilcox</strong>, lisant l’extrait de <em>La Vie sans Fard </em>narrant leur rencontre, et la perspective d’enfin réaliser auprès de lui son désir d’écriture.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-recalc-dims="1" fetchpriority="high" decoding="async" width="696" height="309" src="https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2022/12/Le_Caravage_creole_%C2%A9_Francoise_Semiramoth.png?resize=696%2C309&#038;ssl=1" alt="" class="wp-image-117595" srcset="https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2022/12/Le_Caravage_creole_%C2%A9_Francoise_Semiramoth.png?w=700&amp;ssl=1 700w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2022/12/Le_Caravage_creole_%C2%A9_Francoise_Semiramoth.png?resize=300%2C133&amp;ssl=1 300w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2022/12/Le_Caravage_creole_%C2%A9_Francoise_Semiramoth.png?resize=696%2C309&amp;ssl=1 696w" sizes="(max-width: 696px) 100vw, 696px" /><figcaption class="wp-element-caption">Le Caravage créole © Francoise Semiramoth</figcaption></figure>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Créolisations</mark></strong><br>Il faut enfin saluer la cohérence des choix artistiques toujours pluridisciplinaires effectués par l’invitée pour rendre justice à ses textes les plus passionnants. L’adaptation de <em>La Migration des Cœurs </em>aurait certes, pour plus de lisibilité, mérité un comédien ou deux en sus. Mais l’interprétation inspirée de <strong>Laura Clauzel</strong>, <strong>Vanessa Dolmen </strong>et<strong> Christian Julien</strong>, accompagnée de la bande sonore tout aussi subtile de <strong>Romain Trouillet</strong>, emporte. Elle fait découvrir ce texte étonnant, transposition des <em>Hauts de Hurlevent </em>dans les Caraïbes du début du XX<sup>e</sup> siècle. Heathcliff y devient Razyé, jeune orphelin adopté par une famille béké. La langue y est étincelante&nbsp;: imagée – ce «&nbsp;<em>silence pesant comme un linge mouillé</em>&nbsp;» et autres «&nbsp;<em>ventres à crédit</em>&nbsp;» – et divinement créolisée. Fil rouge de la programmation, cette réécriture était également le point de départ du <em>Caravage Créole</em>, installation sonore et vidéo de <strong>Françoise Sémiramoth </strong>réinsérant les couleurs chères à l’autrice&nbsp;: le vert du refus, le noir de «&nbsp;<em>l’envers des rêves</em>&nbsp;». La refonte des mythes, littéraires, ne saurait se faire qu’iconographique pour cette révolutionnaire au cœur tranquille :&nbsp;«&nbsp;<em>Si le végétal devient roi, si les peaux changent de couleur évitant la terrible dichotomie qui nous fit tant de mal, si le cheval devient un symbole de faiblesse et d&rsquo;aveuglement, c&rsquo;est à la magie du rêve que nous le devons. Il faut rêver, c&rsquo;est urgent.&nbsp;</em>»</p>



<p>SUZANNE CANESSA</p>



<pre class="wp-block-verse"><em>Les amitiés de Maryse Condé</em> se sont tenues les <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">25 et 26 novembre</mark> au Mucem, Marseille</pre>
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