jeudi 1 décembre 2022
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« Topographia » : à rythmes croisés

Avec le projet Zoppa, Kalliroi Raouzeou et Sylvie Aniorte-Paz naviguent entre Grèce, Espagne, amour et poésie

Kalliroi Raouzeou et Sylvie Aniorte-Paz empruntent le nom de leur nouveau projet, Zoppa, à l’expression italienne alla zoppa qui désigne le mouvement « à la boiteuse » en musique. Leur vagabondage entre les langues, les textes des poètes Fernando Pessoa, Jorge Luis Borges, Pablo Neruda, et leurs propres écrits, tisse une « topographie » répartie en douze pièces. Invisibles ouvre le recueil, voix à l’unisson, dans la pleine beauté des timbres de chacune, l’une un peu plus grave teintée des intonations rocailleuses de l’Espagnol flamenquiste, l’autre aux modulations souples, toutes deux sourdement passionnées.

Un parfum de jazz s’immisce dans ce premier morceau, auquel fait écho le dernier, éponyme du duo, Zoppa. Seul à être entièrement écrit en français, il porte un regard tendrement espiègle sur l’élan créateur dont la thématique se décline au fil des musiques : Não sou nada (« Je ne suis rien/ (…) / je porte en moi tous les rêves du monde »). Hommage au voyageur immobile de Fernando Pessoa, il part du rythme interne du phrasé du poème, fondation d’une mélodie qui se déploie ensuite avec ampleur. Víspera, de Pablo Neruda égrène « des milliers de particules de sables et des rivières qui ignorent le repos ». Leo te digo dessine un jeu de piste entre les mots grecs et espagnols. Kaïmo, l’intraduisible terme grec transcrit parfois par « spleen », orchestre les langues vernaculaires des deux chanteuses en écho, tandis que Roma joue sur le thème du palindrome Roma-Amor.

Car il est avant tout question d’amour. Il y a celui, protecteur, de la Vierge Marie, figure de la Panagia grecque, qui console les exilés qui accostent à Phocée sur une musique traditionnelle de l’île de Patmos tandis que la lyra crétoise apporte ses effluves d’Orient. Le sentiment amoureux est magnifié par les mots de Neruda, Diciendo que palabras, les échos invocatoires de Litania à la mélancolie jazzée, les traces rêvées d’amours jamais avouées, Que no daría (Borges) : « que ne donnerais-je pour la mémoire que tu m’aurais dit que tu m’aimais »… « À contre-nage » les musiciennes dansent accompagnées par une phalange de musiciens d’exception. Un petit bijou.

MARYVONNE COLOMBANI

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