dimanche 14 juillet 2024
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Un continent imaginaire

Les Suds, en hiver ont su convaincre le soleil de réchauffer les cœurs d’un public venu découvrir en nombre la diversité des propositions musicales de cette 6e édition

Le week-end démarra en Argentine pour se conclure au Brésil. Pour les habitués des musiques du monde et du festival arlésien Les Suds, le voyage aurait pu sembler un peu court. Mais du concert de La Yegros accueilli vendredi soir par les Passagers du Zinc dans leur Rotonde de Châteaurenard à celui de Dom la Nena, dimanche après-midi, dans la chapelle Saint-Martin-du-Méjan surplombant les berges du Rhône arlésien, ce sont des milliers de kilomètres de diversité culturelle que les artistes de la programmation nous inviteront à parcourir. Des artistes à l’engagement généreux sur scène et qui ont aussi en commun le goût de la rencontre, du frottement. Plus de dix ans après sa mise sur orbite avec l’album Viene de Mí, la plus argentine des Montpelliéraines, La Yegros, continue de déplacer les foules avec sa cumbia nourrie de sonorités électroniques.

Douceur et espièglerie
Si son répertoire s’est étoffé de bientôt trois autres opus, on ne peut s’empêcher de préférer ses anciens morceaux au pouvoir dansant redoutablement efficace, incarnant à la perfection l’énergie chaude et contagieuse des rythmes traditionnels sud-américains. De la violoncelliste originaire de Porto Alegre installée à Paris, Dom la Nena, on retient avant tout son aisance à créer une atmosphère baignée de douceur et d’espièglerie. Elle n’a besoin ni de virtuosité à l’archet ni d’être une chanteuse d’exception pour ravir le public séduit par ses boucles qui échafaudent des chansons mélodieuses, originales ou reprises de compositeurs brésiliens. La veille, au Cargo de nuit, c’est un alliage musical détonnant qui fera transpirer l’auditoire. Celui, survolté et rugueux, de Throes + The Shine, trio luso-angolais dopé au kuduro, à l’électro et au punk rock. Une formation de laquelle émerge une rage émancipatrice, portée par un chanteur sur ressort, lui-même soutenu dans sa furie par un batteur implacable. Mais la plus enivrante des surprises viendra d’un continent imaginaire aux frontières floutées par la soliste Shadi Fathi et le percussionniste Zé Luis Nascimento. Une rencontre dans l’écrin boisé d’une des splendides salles du Museon Arlaten et dont il ne fallait surtout pas attendre une quelconque fusion entre la musique iranienne et des rythmes supposés brésiliens. Pour caractériser le moment qui unit l’instrumentiste née à Téhéran et le musicien originaire de Salvador de Bahia, il est même difficile d’évoquer un dialogue tant l’évidence de la convergence, la cohérence de l’échange et la pertinence de l’intention relèvent du chœur. La colonne vertébrale des deux sets de trente minutes chacun (dont le contenu est défini par l’heure à laquelle ils sont joués et donc l’ambiance de la journée qui y correspond) reste la musique classique persane à laquelle Shadi Fathi se consacre depuis l’âge de 7 ans. Mais elle est délicatement et savamment colorée par les interventions d’un Zé Luis au sommet de son inspiration. Une harmonie étonnante que les artistes expliquent en partie par leurs parcours musicaux respectifs, nés de l’exil et façonnés par les rencontres.

LUDOVIC TOMAS

Les Suds, en hiver ont eu lieu du 8 au 12 février dans le Pays d’Arles.
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