« L’eau est cachée dans l’air ; l’air est caché dans l’eau… » Le texte de Nathalie Papin évoque les suites de mots ludiques, comme la fameuse comptine Trois p’tits chats, mais n’en est pas moins rigoureux sur le plan scientifique. Rapidement, on passe de la chimie à la physique, celle d’un monde familier à tous les enfants : les histoires qu’ils se racontent en faisant feu imaginaire du moindre objet à leur portée, pour peu qu’il ait une caractéristique évocatrice.
D’un baluchon de tissu gris, Isabelle Hervouët déballe « de tout petits morceaux d’univers » une louche tordue, une pomme de pin, une vieille tringle… Ils ont beau être un poil sales, voire carrément cassés, « tous ces bouts, mis bout à bout, ça tient ! » s’étonne-t-elle, en s’efforçant de maintenir droit un gros œuf rose dans un nid de fils électriques de toutes les couleurs. Voilà, cette plume lâchée du bout du bras, qui flotte au rythme d’un souffle retenu vers le sol, c’est « un gramme d’univers » !
Seule au plateau, mais dialoguant avec un petit engin à la voix électronique, la comédienne et metteuse en scène de Skappa & Associés s’adresse aux très jeunes enfants, dès 12 mois, comme à des personnes capables de comprendre, fort sensibles à la poésie. En présentant ces matériaux de bric et de broc, colifichets brillants ou duveteux, tels qu’il s’en trouve dans les malles aux trésors enfantines, elle joue de leur équilibre instable comme d’une propriété précieuse. Petit à petit, avec l’éclairage subtil du décor, ils forment une « autre scène » onirique en ombres chinoises sur l’écran du fond. Et c’est déjà fini ! Une demi-heure, cela passe vite, mais c’est suffisant pour en mettre plein les mirettes de ces spectateurs qui pour certains, voient là leur toute première représentation.
GAËLLE CLOAREC
Des équilibres ou comment ça tient s'est joué du 25 au 28 février au Théâtre Massalia, Marseille.
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