mercredi 29 mai 2024
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Depuis cinq ans la Ville de Martigues propose un été de partage, d’arts, de construction commune et de gratuité. Fada ?

La ville est à nous toute

Entre mer et étang, usine et nature, ville et campagne, ciel et sable, tradition et créativité, Martigues est un joyau paradoxal, une « Venise provençale », un ici qui fait penser à des ailleurs et inspire les artistes. La ville qui a vu naître Felix Ziem ou Clara Luciani,qui a inspiré Dufyou Derain, est le décor parfait de La Cuisine au beurre et Titane, et aussi du sublime Toni de Jean Renoir…

Aimée des artistes en tant que ville populaire, Martigues construit patiemment une politique culturelle nouvelle et ambitieuse. En investissant massivement dans son conservatoire, sa médiathèque, son cinéma municipal, sa scène nationale, son musée Ziem, pour que chacun ait accès aux arts. En développant ses studios de cinéma qui sont aujourd’hui reconnus par tous comme un pôle d’excellence. En soutenant de façon très volontariste les artistes et opérateurs culturels du territoire, qu’ils soient centres nationaux ou groupe local de hip-hop. Et en affichant une politique estivale proposée gratuitement aux habitant·e·s : Fadas du Monde.

Le nom de la manifestation, qui n’est pas un festival et pas non plus seulement une programmation estivale, en dit bien l’esprit : un brin de folie, une connotation locale, et l’affirmation que la Provence n’est pas une identité rancie mais une porte ouverte à tous les vents du monde. Avec cependant cette année, en dehors du village, un gros problème d’absence de femmes dans les choix artistiques opérés par les centres sociaux, les associations partenaires et les services de la ville.

Au programme, masculin

Des rendez-vous réguliers auront lieu du 30 juin au 30 août. Tous gratuits. Mais (presque) tous aussi seront des rendez-vous avec des hommes. Ciné Fada se déplace dans tous les quartiers de Martigues pour seize projections en plein air. Un choix de programmation, opéré avec les centres sociaux et l’association Passeur d’images, franchement problématique. On est content de retrouver Si on chantait de Fabrice Maruca, West Side Story de Spielberg voire Les Minions ou Problemos de Éric Judor (film politico-parodique merveilleusement raté), mais il n’est plus possible aujourd’hui de proposer une programmation de seize réalisateurs sans réalisatrices. Les centres sociaux veulent ils faire entendre aux jeunes martégales que la réalisation n’appartient qu’à leurs frères ? Après la Palme d’Or de Titane, c’est un peu paradoxal ! Malheureusement les rendez-vous musicaux du Quartiers pop, qui tournera dans les quartiers, seront eux aussi tous masculins. Très chouettes et festifs, marseillais (ou ciotadens), mais masculins. Le dernier CD de Papet J est formidable, comme les systèmes mobiles des DJ de Mobylette Sound System ou du très ingénieux Walkabout Sound System, mais il est temps de montrer aux filles des quartiers qu’elles peuvent être DJ… Comment faire si elles n’en voient pas l’exemple ?

D’autant qu’elles n’en verront pas non plus dans les expositions. Pas dans Felix Ziem et la Méditerranée, pas non plus dans l’hommage photographique au 7e Art : les deux photographes invités sont Bernard Plossu et Stéphan Zaubitzer, eux aussi deux immenses artistes qui ne sont en rien responsables de la non mixité de la programmation, et qu’il faut aller voir ! Le travail de Zaubitzer sur les salles de cinéma du monde, plus ou moins désaffectées, est d’une nostalgie douce et amère ; et que le regard de Plossu, sa Cinégraphie, résonne effectivement comme un documentaire intérieur du monde.

La troisième édition de Sambouk, qui accueille durant 1 mois (du 8 juillet au 6 août) des artistes du monde arabe et du Moyen Orient, a retenu cette année Nadhem Bchini, cinéaste d’animation tunisien, Sid Ahmed Meddah, marionnettiste algérien. Ce sont eux qui proposeront aux enfants, petites filles et petits garçons, des ateliers, des discussions sur leur travail, des présentations de leurs œuvres.

Au programme (un peu) mixte

Les spectacles et concerts sont eux aussi très majoritairement masculins, mais avec quelques belles exceptions féminines, voire féministes. Le rock Oai Star marseillais, le reggae tout aussi marseillais de Joe Corbeau, le flamenco du martégal Éric Fernandez, ne jouent qu’entre hommes, mais Social dance est un trio pop mixte (marseillais lui aussi) et Czesare une auteure-compositrice-interprète montante très prometteuse, pourra, enfin, servir d’exemple aux jeunes filles… D’autant que l’excellent quatuor féminin occitan La Mal Coiffée lui succèdera, pour défendre les trobaïritz anciennes et nouvelles !

Quant à Rivages amers, un spectacle de danse et de mapping conçu conjointement par Enlight (quatre hommes vidéastes qui ont conçu le mapping) et Regard d’Orphée (sept danseurs dont deux danseuses), il propose un très beau regard sur la vie ouvrière, ses gestes, ses décors, à l’usine et aussi vers la mer… sans oublier qu’il y a aussi des ouvrières (merci pour elles) à l’heure où la secrétaire générale de la CGT est enfin une femme !

AGNÈS FRESCHEL

Fadas du Monde
Du 30 juin au 30 août
Divers lieux, Martigues
fadasdumonde.fr
Au Village sans prétention
Le Village, qui prend place au Théâtre de Verdure, au Jardin et à la Plage de Ferrières, est conçu, construit et programmé par les habitant·e·s, qui y travaillent depuis février en collaboration avec les services de la ville et les 8 Pillards de Marseille, qui sont surtout des Pillardes et n’ont pas oublié les femmes.
La programmation au Village est en cours de construction… mais on sait déjà qu’elle ouvrira avec Medusa, groupe féminin de cumbia marseillaise, qui déménage ! Elles seront suivies par Mouss et Hakim, nos deux frangins de Toulouse, motivés comme jamais, qui jouent aux Darons de la Garonne en reprenant Nougaro.
Après, place à Bobba Ash, rappeur marseillais des soirées Tue l’amour, puis au collectif de rap émergent La Frappe, créé par Marsatac. Ça va faire du bruit ! Et il y aura aussi KT Gorique, preuve vivante que les filles savent rapper et slamer, et sacrément bien !
La fête au Village se conclura par un grand bal afro antillais avec Difé Kako. Entretemps, ne pas rater Mon Fou, un spectacle déambulation de Rara Woulib, qui se construit avec les récits des « sans voix » de la société, les exclus du débat, dans chaque ville où la compagnie, riche de sa diversité, fait escale. Longuement, pour donner corps et puissance, chaque fois, à ceux, et celles, que la société ne sait pas voir. 
A.F.

Le Village
Du 24 juillet au 6 août
Anse de Ferrières, Martigues
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