mercredi 26 février 2025
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AccueilÀ la Une  Bons plans de Berlin

 [Berlinale 2025] Bons plans de Berlin

La 75e Berlinale s’est tenue dans un froid glacial du 13 au 23 février, sous la nouvelle direction de Tricia Tuttle.

Au travers des sélections, peu de grands chocs cinématographiques mais de bons films, et comme chaque année, des propositions qui ont divisé les spectateurs. Quand la semaine marathon s’achève, restent en mémoire des cadrages, des visages, des mots, des musiques, des objets… Retour en images, et en plans

Reflet dans un diamant mort d’Hélène Cattet et Bruno Forzani 

Un petit disque argenté en très gros plan. Elément d’une robe Paco Rabanne constituée exclusivement par ces pièces métalliques. Objet iconique des sixties que porte sur sa peau noire Céline Camara. Ce mini miroir, gadget d’espionne, enregistrera les scènes passées, et sera ce qui reste du futur cadavre de la belle. En thème constant : réflexion, diffraction de la lumière. Verres, diamants morts ou vifs, métaux ou surface miroitante de la Méditerranée. Associations et dissociations de parties dans un tout qui résume bien le propos du couple de réalisateurs. Avec autodérision, faire se rencontrer le Visconti de Mort à Venise et James Bond, le Giallo et les Comics, le passé et le présent. Parler du cinéma en passant par les « mauvais » genres et proposer un collage enivrant, formellement virtuose, cinéphilique et horrifique, qui peut éblouir ou épuiser.

El mensaje – The message d’Yvan Fund (Ours d’Argent du Jury)

Un van garé en rase campagne, qu’on saura argentine. En gros plan, dans un noir et blanc très doux, le visage d’une fillette. Rêveuse ? Triste ? On ne sait pas. C’est celui d’Anika (Anika Bootz).Elle est médium, entre en communication avec les animaux, vivants ou morts. Un don que sa grand-mère sait exploiter grâce à un site où peuvent la contacter ceux qui ont des soucis avec leur animal de compagnie : un chien qui mange trop, un hérisson qui se sent seul, séparé de ses congénères. Avec cette grand-mère manager et son compagnon conducteur, Anika, nomade et solitaire fait la route et le job. Sont-ils des charlatans jouant sur la naïveté des gens ? Croient-ils vraiment en ce pouvoir ?  Qu’importe au fond, s’ils font du bien aux gens ! Road movie mélancolique nimbé de mystère. Anika perd ses dents de lait et on sait bien que le voyage finira un jour.

La Tour de Glace de Lucile Hadzihalilović (Ours d’Argent pour la meilleure contribution artistique)

Dans un jardin de glace, devant un palais de glace, se tient en majesté la Reine des neiges : Christine (Marion Cotillard). On est sur un plateau de tournage. Elle incarne le cruel personnage d’Andersen. Robe de cristal, couronne en éclats de miroir, perruque d’un blanc éclatant. Sur sa main gantée est posée une corneille. Fascinée, Jeanne (Clara Pacini) l’orpheline usurpant le nom de Bianca, regarde la scène. Plan épuré, élégant, en noir et blanc. Mise en abyme du film dans le film. Mise en scène de la fragilité d’une jeune fille au bord de l’abîme. De ces plans superbement travaillés, il y en aura beaucoup éclairés par des cristaux scintillants, la pâleur blafarde de la lune ou assourdis par la pénombre des chambres et des coulisses. Une histoire en miroir, de fascination, d’emprise, d’initiation aux dangers de la vie et des rêves, dont l’aspect très formel et la lenteur peuvent laisser de glace.

Drømmer – Dreams (Sex love) de Dag Johan Haugerud (Ours d’Or)

Un appartement très coloré, rempli de fils de tissage, de pulls tricotés et une jeune femme, superbe, Johanna, que regarde intensément une jeune fille. C’est Johanne, tombée amoureuse de son professeur. Elle lui rend visite de plus en plus fréquemment. Un premier amour, obsessionnel dont elle consigne chaque moment dans son journal qui deviendra un livre. Histoire vécue, tricotée ou fantasmée, qui interpelle sa mère et sa grand-mère.

Sex Love est un film au féminin, porté par la remarquable interprétation d’Ella Øverbye et Johanna Selome Emnetu. Au fil des conversations tantôt drôles, tantôt émouvantes qu’accompagne élégamment la sensuelle musique d’Anna Berg,il pose avec subtilité la question de l’autofiction.

La Cache de Lionel Baier

Une chambre. Désordre bohème chic. Dans le lit au jeté orange vif, père-grand Michel Blanc (dont c’est le dernier rôle) et mère-grand (Dominique Reymond). Entre eux, leur petit-fils d’une dizaine d’années qui leur est confié pendant que ses parents font la révolution dehors. Au devant du lit, leurs deux fils en pyjama bouquinent et regardent ce qu’on devine être la télévision. Lionel Baier adapte très librement le roman éponyme de Christian Boltanski, situant l’action en mai 68 à Paris. Voilà la tribu Boltanski, anticonformiste et joyeuse, un tantinet caricaturale, « comme un grand corps » dans l’appartement bourgeois rue de Grenelle où se trouve la cache utilisée par l’enfant juif qu’était père-grand pendant l’Occupation. Le réalisateur suisse signe ici une comédie très « française ». Assez théâtrale et moralisatrice. Bons mots et sentences sur la vie, la mort, l’art et surtout l’imagination, dont le film manque un peu, même en fourrant le général de Gaulle dans la cache d’un juif.

Yunan de Ameer Fakher Eldin 

Un homme, Mounir, (Georges Khabbaz), les bras posés sur les épaules de Valeska (Hannah Schygulla), sourire aux lèvres. Un sourire qui s’ébauche à la fin de ce film mélancolique. Munir est un écrivain en manque d’inspiration, hanté par une histoire de fantômes, liée à sa mère et à un récit qu’elle lui racontait : un berger borgne sans bouche, sans nez, sans oreilles, vit dans un pays indéfini du Moyen Orient avec sa femme. Dépressif, rongé par la peine de l’exil, fatigué de vivre, Mounir a quitté Hambourg pour une petite île des Halligen. Sa rencontre avec Valeska, les moments partagés avec son fils Carl (Tom Wlaschiha) et leurs amis, lui permettent de retrouver un sens à la vie. Des images fascinantes de nature, de troupeaux qu’on évacue, de moments où la mer engloutit la terre puis la laisse réapparaitre. Départs et retours. Un film qui laisse des traces.

ÉLISE PADOVANI ET ANNIE GAVA
À Berlin

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