Un jeune homme est assis dans un bus, mal dans sa peau, plein de tics, les mains baladeuses Il s’appelle Sandro (Data Chachua, dont c’est le premier rôle). Il a 18 ans et vit avec son père (Malkhaz Abuladze) qui s’apprête à entrer dans la vie monastique et sa grand-mère, dans une maison remplie d’icônes. Sa mère, une chanteuse, est partie vivre à New York. Sandro joue dans un club de football où il fait la connaissance de Lasha (Vakhtang Kedeladze) puis de sa mère Natalia (Ia Sukhitashvili),coiffeuse qui aurait aimé devenir danseuse.
La relation qu’entame Sandro avec la mère de son ami, ambiguë, entre amour et relation maternelle donne lieu à des shampoings et lavages de tête, érotisés, peu vus au cinéma qui nous rappellent ceux du Mari de la Coiffeuse de Patrice Leconte. On découvre que Sandro a une petite amie, Tina (Salome Gelenidze), une jeune femme d’aujourd’hui, libre qui voudrait bien faire l’amour avec lui. Mais ce jeune homme, sous le regard constant de Dieu qui voit tout, veut rester pur jusqu’au mariage. Pour lui, Tina ferait des propositions perverses…
C’est le trajet de ce garçon étrange, tiraillé entre ses pulsions et son désir de pureté que nous fait suivre George Sikharulidze.Un jeune homme fragile qui se sent lâché par sa mère, puis par son père qui quitte la maison pour le monastère. Un jeune homme à qui son père a dit « Dieu te voit, il est partout », obligé donc de vivre honteusement ses pulsions et ses désirs.
Regardant une vidéo qui l’excite, il retourne l’icône de Jésus ornant le mur de l’autel de l’appartement pour se masturber. Un jeune homme qui, entrainé par Lasha, rejoint un groupe de racistes violents. Un jeune homme suivi de près par la caméra du chef opérateur roumain Oleg Mutu qui ne le lâche pas, nous donnant à voir le monde par ses yeux. Data Chachua dont c’est le premier rôle au cinéma a su rendre avec talent l’évolution de ce garçon dont on va découvrir peu à peu les failles et la force.
Panopticon interroge, à travers ses personnages, la Géorgie d’aujourd’hui : les stéréotypes masculins et féminins – la Vierge, la Mère et la Putain – les pères défaillants. Il pointe la mainmise de la religion, la tentation pour certains jeunes de rejoindre les nationalistes d’extrême droite qui voudraient chasser tous les immigrés en particulier les Arabes.
Un premier film, inspiré en partie à George Sikharulidze par sa propre adolescence, un moment où il se cherchait, un moment décisif pour chacun. Tout comme Les 400 coups pour François Truffaut dont on voit le générique, un clin d’œil du cinéaste géorgien à un film français qu’il a vu à 20 ans et qui l’a beaucoup marqué.
Panopticon est un film âpre, fort, dont les images, en particulier le visage de ce jeune homme particulier, reste longtemps en mémoire.