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AccueilÀ la UneFoutue Bergerie : une fable qui patine…

Foutue Bergerie : une fable qui patine…

Pierre Guillois propose une fable théâtrale où absurde et burlesque font des clins d’œil à quelques drames paysans. Sans jamais s’échapper du lourdingue

Derrière le mur de ballots de paille qui occulte totalement la scène de Foutue Bergerie, qui va rapidement s’écrouler, il va y avoir du monde. Une tripotée de moutons philosophes, lubriques et panurgiques, divers volatiles chantants, un fermier bougon, sa femme allongée et malade en hors-champ, son fils suicidé par pendaison, qui se promène, suspendu dans les airs et jurant comme un charretier, son autre fils, soucieux de ce qu’on peut dire de la taille de son pénis, sa copine entreprenante, un stagiaire maghrébin, une journaliste, sa rédac-chef et deux gendarmes.

Évoluant au milieu des bottes de foin régulièrement brassées, figurant, selon les situations, les coins et recoins de la grange, le champ, une clôture jamais terminée. Tous·tes sont embarqué·e·s dans une farce tragico-burlesque évoquant quelques points chauds fermiers : la multinationale agrochimique et le petit paysan, la réintroduction du loup, l’étalement urbain, la paysannerie qui disparait, les à-priori sociaux, les fantasmes sécuritaires.

Spectacle poussif

Deux fils conducteurs lient l’ensemble : une tentative de mobilisation contre une multinationale de l’agro-chimie, autour du suicide du premier fils, déprimé par son micro-pénis – certainement dû à l’emploi d’un pesticide utilisé par son père juste avant sa naissance. Et une enquête autour de plusieurs moutons retrouvés morts : est-ce par des loups, comme le suggèrent des gendarmes de mauvaise-foi, ou par des pitbulls, appartenant aux personnes dernièrement arrivées dans les nouveaux immeubles, construits aux abords du champ ?

Après l’immense carton critique et public de Les gros patinent bien, à la fantaisie déjantée jubilatoire, on attendait avec gourmandise ce nouvel opus de Pierre Guillois. Hélas, on reste sur sa faim, malgré quelques bouts de scène réussis, des comédien·ne·s investi·e·s, en particulier une Christina Réalli qui se régale en mouton philosophe, en mère désabusée et en rédactrice en chef brutale. L’ensemble ne décolle pas et finit par s’embourber dans un humour qui n’est pas que faussement lourdingue, et une fantaisie stagnante.

MARC VOIRY

Foutue Bergerie était présentée du 20 au 24 janvier au Théâtre de l’Odéon dans le cadre de la programmation du Gymnase hors-les-murs

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