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AccueilÀ la Une« Faire du festival un lieu d’apprentissage collectif »

« Faire du festival un lieu d’apprentissage collectif »

Nouvelle directrice du festival Parallèle, Anne Kerzerho accompagne une édition de transition, pensée sous le signe de la collégialité, de l’émergence et du dialogue entre danse, arts visuels et enjeux sociétaux

Zébuline. Vous avez pris officiellement vos fonctions en septembre, mais vous étiez déjà impliquée en amont. Comment s’est organisée cette édition ?

Anne Kerzerho. J’ai été nommée mi-juin et je suis arrivée à la direction de Parallèle mi-septembre, dans un contexte de transition puisque Lou Colombani, la précédente directrice, était déjà partie. Dès ma nomination, j’ai repris un certain nombre de dossiers : il fallait soutenir l’équipe, très engagée, et assurer des arbitrages. Cette édition est clairement placée sous le signe de la transition et de la collégialité.

Pouvez-vous nous expliquer le principe de « Futur.e.s direction.s » ?

Ce programme associe trois jeunes curatrices-programmatrices, Flora Fetta, Lamia Zanna et Asia Ugobor,choisies à l’automne 2024 à l’issue d’un long parcours. Elles ont d’abord été en immersion lors de la précédente édition, puis ont bénéficié d’un accompagnement très actif : repérages, voyages professionnels, nombreuses rencontres avec des artistes. Elles ont travaillé concrètement à la programmation en dialogue avec les directions, et ensemble nous avons finalisé l’architecture du festival.

Cette approche collective s’inscrit aussi dans une réflexion plus large sur les enjeux de parité, très présente depuis les débuts de Parallèle.

Oui, c’est un point essentiel. Dans le champ chorégraphique, le nombre de femmes à la tête des Centres chorégraphiques nationaux a fortement chuté ces vingt dernières années. Il est donc nécessaire de maintenir cette vigilance et de continuer à corriger des déséquilibres structurels.

Parallèle se distingue depuis ses débuts par un dialogue affirmé entre arts visuels et danse. Et c’est un domaine que vous connaissez bien…

C’est en effet une singularité forte du festival. La performance se situe à la croisée de ces champs, et la danse est une pratique très hospitalière, en dialogue constant avec d’autres médiums. Penser un festival depuis cet entrelacement me semble fondamental aujourd’hui.

Et oui, j’ai travaillé plus de vingt ans dans la danse, notamment au sein de plusieurs CCN. Deux axes ont toujours structuré mon travail : l’accompagnement des artistes – inventer des contextes de création, de production et de programmation – et la relation au territoire, aux publics. Ces quinze dernières années, j’étais davantage du côté de la pédagogie, au sein du Master Exerce à Montpellier, une formation internationale de recherche chorégraphique dont sont issus de nombreux artistes aujourd’hui très présents sur la scène contemporaine. Cette année, huit artistes programmés à Parallèle en sont d’ailleurs diplômés !

Le festival revendique également un rôle central dans l’accompagnement et la visibilité des jeunes artistes.

Oui, Parallèle est un lieu de repérage pour des œuvres qui ont peu circulé. Il accompagne des démarches émergentes, en danse comme en arts visuels, souvent traversées par des enjeux sociétaux forts : questions de colonialité, de représentation, de réparation. Ces artistes ne produisent pas des œuvres documentaires, mais des gestes de composition, à la fois poétiques et politiques.

L’ancrage marseillais de Parallèle est très fort. Comment votre rapport à la ville et à son territoire nourrit-il votre approche du festival ?

Je connaissais déjà Marseille, mais je suis frappée par la vitalité de sa scène artistique et par l’ouverture des lieux à l’expérimentation, sans renoncer à l’adresse aux publics. La réalité méditerranéenne, la diversité sociale, la présence très concrète des enjeux du monde dans la ville : tout cela traverse nécessairement le festival. À Marseille, ces questions ne sont jamais abstraites.

Qu’est-ce qui caractérise plus spécifiquement cette édition et sa nouvelle direction ?

Elle s’inscrit dans une continuité, mais avec des accentuations. J’attache beaucoup d’importance à l’idée que le festival soit un lieu d’apprentissage. C’est le sens du QG du festival : un espace ouvert, avec bibliothèque, rencontres, ateliers et tables rondes. Cette édition est aussi marquée par la convergence de plusieurs programmes d’accompagnement – La Relève, les jeunes chorégraphes du Sud, Futur·e·s directions – avec de nombreuses créations et avant-premières. Penser le festival comme un lieu de circulation, de transmission et de mise en relation est essentiel pour l’avenir de Parallèle.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR SUZANNE CANESSA

Le festival se tiendra du 28 janvier au 7 février dans divers lieux à Marseille et Aix-en-Provence.

Bruits Marrons, Calixto Neto © Jean David Lemarie

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Suzanne Canessa
Suzanne Canessa
Docteure en littérature comparée, passionnée de langues, Suzanne a consacré sa thèse de doctorat à Jean-Sébastien Bach. Elle enseigne le français, la littérature et l’histoire de l’Opéra à l’Institute for American Universities et à Sciences Po Aix. Collaboratrice régulière du journal Zébuline, elle publie dans les rubriques Musiques, Livres, Cinéma, Spectacle vivant et Arts Visuels.
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