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La fabrique du désespoir

Le gouvernement bis Lecornu (biscornu?) a réussi à soulever contre lui une unanimité qui n‘a d’égales que la  variété des raisons de désapprobation, et l’ampleur du désastre. Le budget, adopté par 49.3, est aux yeux de tous une aberration. Mais si certains parmi ces opposants défendent  leur pré carré, d’autres craignent pour notre survie.

Divers degrés de droite

À droite reproche est fait au budget 2026, en raison des toutes petites concessions faites au PS,  de mettre en danger le libéralisme, qui se prétend pompeusement fondé sur la liberté d’entreprendre. 

Digression bleue :  il faut rappeler que cette liberté particulière, excluante, est réservée à ceux qui ont du capital. Qui ont donc liberté de s’enrichir exponentiellement de l’exploitation des classes laborieuses.  Une expression que le mépris des riches a galvaudée. Être laborieux, cela veut dire travailler. Les classes laborieuses sont celles qui triment, et qui nourrissent la nation, les soignant·es, les enseignant·es, les ouvrier·es qui construisent , les employé·es qui administrent, sécurisent, relient, les commerçants qui commercent, les laboureurs qui labourent. La liberté d’entreprendre n’est pas pour eux, pour elles, mais pour ceux qui les exploitent. 

À l’extrême-droite, reproche lui est fait de ne pas lutter contre le mal suprême, l’étranger, en prenant enfin les mesures raisonnables  dans le pays qui a inventé l’universalisme et les droits de l’homme : couper toute participation à l’Europe (mais qui paiera les salariés du parti ?)  et  exclure les étrangers des prestations sociales. Sauf ceux qui ont un CDI depuis plus de 5 ans (mais qui aujourd’hui a un CDI de plus de 5 ans ?). Plus de bourses, plus d’allocations, plus  d’aide médicale universelle. En revanche le RN de Bardella rejoint parfaitement la ligne libérale, en persistant à baisser les impôts des entreprises, et des riches. Il rejoint ainsi le  centre droit, qui gouverne. Et qui reproche pourtant au budget Lecornu ses « compromis » avec le PS, responsables d’un déficit qui atteint des abysses.

Digression violette : tous les économistes, y compris de droite, s’accordent à analyser le déficit de l’État par la baisse inédite, massive, des recettes. Les baisses d’impôts sur les fortunes, sur les bénéfices des entreprises, sur les successions, mais aussi les baisses du volume des contributions sociales s’ajoutent aux 211 milliards offerts sans contrepartie aux entreprises.

Divers degrés de gauche

Au PS, accusé de trahison par ses alliés, on désespère. Avec le sentiment d’avoir échappé à la catastrophe politique immédiate, c’est à dire à des élections législatives anticipées aux mêmes dates que les municipales. Lecornu bis a réussi son coup, en agitant face aux élus des collectivités, qui étaient vent debout contre les baisses drastiques de leur budget, la menace de leur confisquer leur scrutin local pour le confondre avec un scrutin national. Affolé, le PS a repris les négociations et renoncé à voter la censure, entérinant un budget où il a sauvé quelques menus symboles, et laissé advenir la catastrophe. 

Quant au PCF, à LFI et aux Écologistes, ils sont les seuls à dire qu’on ne peut pas, dans une république qui écrit Égalité sur tous ses frontispices, mettre à l’arrêt tous les systèmes de solidarité qui préservent les plus faibles de la détresse et de la mort évitable.

Digression rouge : les services publics ne sont pas des options. Pour exemple la mortalité infantile connaît en France un regain important, dû à la disparition des maternités. Aujourd’hui, en France, 2 nouveaux nés sur 1000 meurent durant les premiers 27 jours de vie. Une augmentation due, toutes les études le montrent, à la raréfaction des maternités. Les mesures d’économie dans les services publics tuent, concrètement. Les collectivités  vont être contraintes à des choix, entre l’hébergement d’urgence, l’aide alimentaire, la vie associative, les crèches et les écoles, les salaires et les conditions de travail de ses personnels, les maisons de retraite, la culture, les luttes contre les pollutions, la gestion des déchets. Toute mesure d’économie de ces services, immédiatement ou sur le long terme, détruit des vies, le climat et la société. 

La motion de censure déposée par le PCF, LFI et les Ecologistes a recueilli près 260 voix sur les 289 nécessaires pour faire tomber le gouvernement. La stabilité est ainsi préservée, dit on. L ’accès possible au pouvoir de l’extrême-droite est éloigné de quelques mois. Mais, du même coup, elle l’assure un peu plus tard, en détruisant ce qui reste de notre tissu social. 

Agnès Freschel


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